Babaji's Kriya Yoga
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"Proverbes et paraboles de Jésus"

Par M. Govindan Satchidananda

J'ai grandi dans un milieu très chrétien, mais j'avais des questions auxquelles mes ministres du culte n'arrivaient pas à répondre. Lorsque j'avais quinze ans, j'ai assisté à une "Séance de rencontre humaine" au YMCA local, à moins d'un kilomètre de l'église luthérienne Westchester. Pendant deux jours complets, environ soixante de mes compagnons de classe du secondaire se sont assis en rond et ont partagé leurs préoccupations sur la vie. Nous avons parlé et écouté les autres pendant des heures. Un conseiller du YMCA guidait les discussions et donnait à chacun l'occasion de partager son point de vue et ses questions. Vers la fin du deuxième jour, la discussion s'est arrêtée. Plus personne n'avait quoi que ce soit à dire. Nous semblions avoir atteint un point de repos. Soudain, j'ai eu ma première expérience spirituelle. J'ai transcendé mon état mental habituel et je suis entré dans un état d'extase tranquille. J'ai réalisé qu'il n'y avait en fait qu'un seul Être dans la salle qui s'exprimait à travers nous tous et qui nous renvoyait à la réalisation de notre véritable identité, au-delà des noms et des formes. Cet Être était omniprésent et il était amour et bienveillance purs. J'étais complètement imprégné par l'expérience, et pendant des jours par après, j'étais dans un état de conscience autre, dans lequel je ressentais l'unité de toutes choses. C'était une réalité plus vraie que celle que j'avais connue jusqu'alors. Cependant, cet état de conscience s'est évanoui graduellement. Mais l'expérience m'a laissé un profond désir de le retrouver.

Au cours des années suivantes, ma recherche m'a amené à explorer différents styles de yoga, techniques de méditation, religions orientales et, finalement, les enseignements originaux de Jésus, exprimés dans ses paraboles, proverbes et conseils. Je les ai longuement étudiés et j'ai beaucoup réfléchi à leur sens. J'aimerais partager avec vous certaines de ces réflexions.

Les paraboles et proverbes de Jésus peuvent être groupés en plusieurs grands thèmes: le renversement des tendances humaines naturelles, le Royaume des Cieux, l'entrée au Royaume des Cieux, la pureté, la préoccupation et la capacité d'être présent, l'aspiration, montrer la voie à autrui, l'amour inconditionnel de Dieu, le pardon des péchés et les conséquences karmiques de nos actes. Nombre des réalisations profondes que j'ai eues au sujet de ces thèmes ont été inspirées par des comparaisons que j'ai faites avec les enseignements des siddhas, qui étaient des contemporains de Jésus, et avec l'Évangile de Thomas, découvert dans le désert du Sinaï en 1945.

Le renversement des tendances humaines naturelles

"Vous serez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait" (Matthieu 5.48, avec des parallèles dans Luc 6.36). Lorsqu'il se réfère à un saint yogique, le mot siddha désigne une personne qui a atteint la perfection. Jésus lançait à ses disciples le défi de se parfaire, de surmonter leur nature humaine afin de devenir des êtres divins. Jésus, comme les plus grands adeptes du yoga, faisait de sa vie son yoga. Il a surmonté toutes les limites ordinaires de l'existence humaine pour trouver sa véritable nature, et il invitait ceux qui l'écoutaient à faire de même.

Jésus nous demande d'aller à l'opposé de ce que la nature humaine nous inciterait normalement à faire. Il dit : "Mais moi je vous dis de ne pas vous venger de celui qui vous fait du mal. Si quelqu'un te gifle sur la joue droite, laisse-le aussi te gifler sur la joue gauche. Si quelqu'un veut te faire un procès et te prendre ta chemise, laisse-le prendre aussi ton manteau. Si un représentant des autorités t'oblige à porter une charge sur un kilomètre, porte-la sur deux kilomètres." (Matthieu 5.39-41, avec des parallèles dans Luc 6.29)

"Donne à celui qui te demande quelque chose; ne refuse pas de prêter à celui qui veut t'emprunter." (Matthieu 5.42, avec des parallèles dans Luc 6.29)

"Aimez vos ennemis." (Matthieu 5.44, avec des parallèles dans Luc 6.27-28)

Parce que ces commandements sont si extrêmes, et même ridicules si on les prend dans leur sens littéral (nous serions tous nus et démunis si nous les suivions à la lettre), ils nous donnent le genre de réalisation que nous ne pourrions avoir qu'en prenant conscience des tendances naturelles de l'ego. Ces commandements demandent de nous des réponses qui sont tout juste possibles, si bien qu'ils nous poussent à nous rendre à la frontière de la nature humaine et au-delà. L'ordre d'aimer nos ennemis est particulièrement mémorable parce qu'il va directement à l'encontre de ce que nous enseigne la société et constitue un paradoxe : ceux qui aiment leurs ennemis n'ont pas d'ennemis.

Il s'agit là également d'enseignements yogiques et tantriques. Comme le dit Sri Aurobindo avec humour, lorsque ses compatriotes qui se battaient pour l'indépendance de l'Inde lui demandaient de reprendre sa lutte politique, il a rapidement répondu que ce qui était nécessaire n'était pas "une révolte contre le gouvernement britannique, ce que n'importe qui pourrait faire... (mais plutôt) une révolte contre la totalité de la Nature universelle."

Les limites que nous atteignons dans une posture yogique sont une métaphore pour les limites que nous atteignons dans notre expérience humaine, par exemple, lorsque nous ressentons de la colère, de la peur ou de la dépression. En apprenant à garder notre équilibre et notre conscience, en demeurant calmes, en écoutant, en n'agissant qu'après avoir réfléchi (plutôt qu'en réagissant), nous repoussons nos limites, nous "étirons" un peu plus notre nature humaine. Dans l'ensemble, le yoga nous incite à aller à l'encontre de ce que notre nature humaine nous pousserait normalement à faire. Il nous incite à demeurer calmes et satisfaits dans des situations de conflit ou de discorde, à nous asseoir calmement plutôt qu'à nous agiter, à demeurer conscients lorsque nos yeux sont fermés, à ralentir la respiration, à apaiser le mental au lieu de le laisser courir dans tous les sens.

Le Royaume des Cieux

La parabole de la graine de moutarde exprime très bien la vision qu'avait Jésus du Royaume des Cieux. "Les disciples demandent à Jésus: Dis-nous, à quoi ressemble le Royaume des Cieux? Il leur dit: Il est semblable à une graine de moutarde, la plus petite de toutes les graines; lorsqu'elle tombe dans une terre labourée, elle devient un grand arbre où s'abritent les oiseaux du Ciel." (Évangile de Thomas, phrase 20, avec des parallèles dans Marc 4.30-32, Luc 13.18-19 et Matthieu 13.31-32)

Les érudits considèrent la métaphore de la graine de moutarde (une des plus petites graines qui soit) comme un bon exemple de la façon dont Jésus voyait le domaine de Dieu : modeste, commun et omniprésent, plutôt qu'impérial. Ils signalent que le grand chêne du Liban (Ézékiel 17.22-23) et l'arbre apocalyptique de Daniel (Daniel 4.12, 20-22) étaient les métaphores traditionnelles employées pour décrire le royaume de Dieu. En choisissant la graine de moutarde, Jésus se moque de façon humoristique de la tradition établie. Mais il s'agit également d'un geste antisocial, puisqu'il appuie les mouvements révolutionnaires et ridiculise la tradition.

La parabole du levain dans la farine parle également du Royaume des Cieux et du fait que nous pouvons l'atteindre en allant à l'encontre de notre nature humaine.

"Le Royaume des Cieux ressemble au levain qu'une femme prend et mêle à vingt-cinq kilos de farine, jusqu'à ce que toute la pâte ait levé." (Matthieu 13.33, avec des parallèles dans Luc 13.20-21 et Thomas 96)

Selon les grands spécialistes de Jésus, cette parabole d'une phrase transmet la voix de Jésus aussi clairement que n'importe lequel de ses enseignements. Elle utilise trois images d'une façon qui a dû surprendre ceux qui l'écoutaient. L'idée de "cacher" du levain dans de la farine est une façon étrange d'exprimer l'idée du mélange de levain et de farine. Elle sous-entend que Dieu a délibérément dissimulé son Royaume. La parabole devient encore plus étrange lorsque Jésus fait remarquer qu'il y avait "vingt-cinq kilos de farine." Dans Genèse 18, trois hommes, des représentants de Dieu, apparaissent devant Abraham et lui promettent, à lui et à son épouse Sarah, qu'ils auront bientôt un enfant, bien qu'elle soit maintenant âgée. Pour l'occasion, les trois hommes demandent à Sarah de faire des gâteaux avec vingt-cinq kilos de farine pour les donner aux visiteurs divins. On suppose que vingt-cinq kilos de farine doivent être une quantité suffisante pour célébrer une épiphanie (du grec, "révélation miraculeuse"), une manifestation visible, bien qu'indirecte, de Dieu. La troisième image est l'utilisation du levain, considéré comme un symbole de corruption par les Judéens. Pour la célébration de la Pâque juive, on préparait du pain sans levain. Dans un renversement surprenant des associations habituelles, le levain dans ce cas représente non pas ce qui est corrompu et impur, mais plutôt le Royaume des Cieux. Le fait que Dieu dissimule délibérément son Royaume de nos yeux est l'une des "cinq fonctions du Seigneur," à savoir l'obscurcissement, selon le Saiva Siddhanta (voir ci-dessous). Cette dissimulation nous oblige à cherche Dieu, à surmonter l'illusion du monde.

Dans Sa Grâce, je suis né;
Dans Sa Grâce, j'ai grandi;
Dans Sa Grâce, je suis mort;
Dans Sa Grâce, j'étais dans l'obscurité;
Dans Sa Grâce, j'ai goûté à l'extase au parfum d'ambroisie;
Dans Sa Grâce, Nandi (le Seigneur) est entré.
(Thirumandiram, verset 1800)

Thomas 113 nous informe que le Royaume des Cieux est déjà ici, mais que nous ne le voyons pas:

"Ses disciples lui dirent, quel jour le royaume viendra-t-il? Et Jésus répondit: sa venue ne s'observera pas on ne dira pas il est par ici ou le voilà mais le royaume du père s'étend sur la terre et les hommes ne le voient pas."

Le siddha Thirumular, contemporain de Jésus, affirme cette même vérité, à savoir que le Royaume de Dieu est ici, mais que les gens ordinaires ne le voient pas:

"Ceux qui ne voient pas le Trésor qui surpasse tout,
Mais qui cherchent des trésors périssables,
S'ils cherchaient plutôt dans leur cœur,
Ils trouveraient le Trésor qui ne meurt pas."
(Thirumandiram, verset 762)

Une expérience personnelle de l'entrée dans le Royaume des Cieux

En 1971, lorsque j'ai rempli certaines conditions ardues, mon enseignant, le yogi Ramaiah, m'a initié à une puissante série de techniques avancées. Il m'a ensuite envoyé vivre et exercer ce que j'avais appris en Inde pendant un an à l'ashram qu'il avait établi près de son foyer ancestral, dans la région de Chettinad du Tamil Nadu. Seul, avec pour seul compagnon un serviteur qui préparait mes repas et faisait le ménage, sans distractions, sans plomberie et avec très peu d'électricité, mes aspirations divines ont pris leur envol. J'ai reçu cette réponse à mon appel: une série de puissantes expériences de méditation, qui m'ont rempli d'une paix et d'une joie sans bornes. Bien qu'elles soient presque impossibles à décrire, puisqu'elles ne mettaient pas en jeu des "formes" ou des "visions," mais plutôt l'expansion de ma conscience même, je me souviens à quel point la présence du Seigneur était forte, même dans les activités les plus mondaines de ma vie: lorsque je me lavais au puits, lorsque je mangeais mes repas de curry végétarien et de riz préparés sur un feu de fumier, lorsque je prenais un autobus local pour me rendre au village afin d'acheter les provisions de la semaine. Je voyais Dieu dans les yeux brillants des enfants de la localité qui venaient à l'ashram pour suivre des cours de yoga et dans les bonbons que nous leur donnions par après. La paix était si parfaite que j'avais parfois l'impression d'avoir pénétré un domaine hors du temps. Les événements n'avaient rien d'extraordinaire, mais je les voyais avec une joie sans cesse renouvelée. Dieu était partout dans cette vie simple, tout comme l'immense joie qui accompagne sa présence.

Le pardon des péchés et les conséquences karmiques de nos gestes

Le thème de l'amour inconditionnel est lié de près à celui du pardon des péchés. La parabole du gérant habile (Luc 16.1-8) illustre bien ce thème:

"Un homme riche avait un gérant et l'on vint lui rapporter que ce gérant gaspillait ses biens. Le maître l'appela et lui dit: "Qu'est-ce que j'apprends à ton sujet? Rends-moi compte de la façon dont tu as exercé ta charge, car tu ne pourras plus être mon gérant."

Le gérant se dit en lui-même: "Mon maître va me retirer ma charge, Que ferai-je? Je ne suis pas assez fort pour travailler la terre et j'aurais honte de mendier. Ah! je sais ce que je vais faire! Et quand j'aurai perdu ma place, des gens me recevront chez eux!

Il fit alors venir un à un tous ceux qui devaient quelque chose à son maître. Il dit au premier: "Combien dois-tu à mon maître? - Cent tonneaux d'huile d'olive, lui répondit-il. Le gérant lui dit: "Voici ton compte; vite, assieds-toi et écris cinquante."

Puis il dit à un autre: "Et toi, combien dois-tu? - Cinq cents sacs de blé", répondit-il. Le gérant lui dit: "Voici ton compte; écris quatre cents."

Le maître de ce gérant malhonnête le loua d'avoir agi si habilement. Car les gens de ce monde sont bien plus habiles en affaires les uns avec les autres que ceux qui appartiennent à la lumière."

Cette parabole a longtemps troublé les interprètes chrétiens. Les divers dictons que Luc y a rattachés sont des tentatives de rendre l'histoire plus morale, de la radoucir (Luc 16.8b-13). Le gérant malhonnête est pardonné par son maître parce qu'il a pardonné une partie de la dette d'autrui. De la même façon, Dieu nous pardonne lorsque nous pardonnons à autrui. Cette idée reflète le contenu du Notre Père: "Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés." L'histoire correspond en outre à l'enseignement de l'amour inconditionnel dans la parabole de l'enfant prodigue.

Les prophètes de l'Ancien Testament et leurs disciples, les Phariséens, définissaient leur relation avec Dieu en termes juridiques. Dieu fait les lois. Si vous les transgressez, Dieu vous jugera et vous punira. Jésus nous apporte un nouveau message: Dieu vous aime. Et Il pardonne vos péchés contre la loi lorsque vous les reconnaissez et tentez d'y remédier. Au lieu de Le craindre, apprenez à L'aimer. Il est à portée de la main.

Dans cette parabole, remarquez que tous les personnages ont tout de même été tenus de rembourser la plus grande partie de leur dette. Cela reflète l'enseignement métaphysique du karma, selon lequel chacun de nos gestes, paroles et pensées a des conséquences, mais qu'il existe une loi métaphysique plus élevée, celle de la grâce, qui peut réduire les conséquences du karma, lorsque nous cherchons le Seigneur Lui-même. Le mauvais karma, celui qui cause des souffrances, peut être contré par le bon karma, celui qui nous fait pardonner les autres pour leurs transgressions contre nous ou qui amène de la joie aux autres. Cependant, contrairement au karma, la grâce nous est allouée lorsque nous cherchons le Seigneur. Cela correspond aux enseignements de Jésus selon lesquels le Royaume de Dieu est à portée de la main et que si nous Le cherchons, nous Le trouverons et recevrons Sa bénédiction. La parabole nous enseigne que nous sommes tous sujets à faire des erreurs, mais lorsque nous reconnaissons que les conséquences sont toujours là, et que Dieu nous aime malgré nos erreurs, nous sommes libérés de notre peur du Seigneur et nous apprenons à L'aimer sans conditions, comme Il nous aime. (Extrait du livre La Sagesse de Jésus et des siddhas du yoga)

 

Tous droits réservés: M. Govindan Satchidananda, février 2007

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