Babaji's Kriya Yoga
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Editorial : « Qu'est-ce que la réalité et comment les désirs déforment la perception de celle-ci? »

par M. G. Satchidananda

De récentes découvertes scientifiques ont révélé une certitude concernant l'éternelle question : « Qu'est-ce que la réalité ? »  Cette certitude est que la science n'a pas une bonne emprise sur la réalité. Deux des meilleurs modèles de la réalité physique, soient la théorie de la relativité et la mécanique quantique, semblent être fondamentalement incompatibles. Ce point est renforcé dans un article et un point de vue du magazine Nature (18 avril 2007). L'article démontre des résultats qui prouvent que la mécanique quantique décrit le comportement d'un système appelé « le réalisme local » Le réalisme local peut être compris assez facilement : les propriétés des particules peuvent être complètement décrites et ces propriétés demeurent localisées, signifiant que ces propriétés ne peuvent pas être transmises à un emplacement différent plus rapidement que la vitesse de la lumière. Ceci peut s'exprimer plus simplement en ces termes : « Les choses sont comme elles sont, juste ici. » 

Cependant, si l’on prend en considération un processus connu sous le nom « d'intrication » dans lequel des particules se comportent conformément à d'autres particules intriquées qui, elles, peuvent être à l'autre bout du monde, vous avez un problème. Soit que la « réalité locale » n'est pas locale, ou bien elle n'est pas réelle.
 
En mécanique quantique, le principe d'incertitude de Heisenberg, formulé en 1927, énonce une limite fondamentale sur l'exactitude avec laquelle certaines paires de propriétés physiques d'une particule, telles que la position et l'impulsion, peuvent être simultanément connues. En termes plus simples, plus une propriété est mesurée avec précision, moins l'autre sera contrôlée, déterminée et connue avec précision. Ainsi, Heisenberg a fait valoir que chaque mesure détruit une partie de notre connaissance du système qui avait été obtenue précédemment par des mesures. En d'autres termes, l'expérience est influencée par l'observateur.

Au cours des dernières décennies, les théoriciens de la mécanique quantique ont décrit le phénomène de la particule subatomique connu sous le nom « d'intrication ». Deux éléments intriqués, qui peuvent inclure des photons se déplaçant à la vitesse de la lumière, ont des propriétés qui sont liées. La mesure des propriétés d'un de ces éléments changera immédiatement l'état indéterminé du deuxième élément à un état déterminé par son enchevêtrement avec l'autre. Étant donné que les éléments intriqués peuvent être éloignés l'un de l'autre quand ceci se produit, le transfert des propriétés semble avoir lieu plus rapidement que la vitesse de la lumière.

Plusieurs physiciens n'étaient pas satisfaits de cette situation. Y compris Einstein, le père de la théorie de la relativité, qui a fait valoir qu'il y avait une certaine réalité fondamentale sous-jacente que nous n'avions pas encore comprise. Alors, certains physiciens ont essayé de compenser ce manque de compréhension en créant ce qui se nomme les modèles à « variables cachées », dans lesquels il y a des propriétés de la réalité que nous ne savons pas mesurer.

C'est là que le nouveau journal entre en scène. Un ensemble de modèles plausibles nous a permis d'examiner la manière dont les particules infinitésimales qui constituent notre univers se comportent vraiment. Les résultats confirment le phénomène étrange de la mécanique quantique tel que l'intrication et rejettent l'idée d'une réalité locale.

Est-ce que cela veut dire qu'il est temps de renoncer à la réalité ? Les auteurs semblent penser ainsi, terminant leur article avec la déclaration : « Nous croyons que nos résultats… doivent abandonner certaines caractéristiques des descriptions réalistes. » 

Maintenant, la perspective des Yoga Siddhas du yoga

Depuis l'Antiquité, les Yoga Siddhas ont abordé cette question d'une perspective intérieure unique et leurs résultats documentés sont instructifs. Tandis que ceux-ci peuvent être caractérisés comme étant mystiques, ils ne sont pas moins inaccessibles que les équations mathématiques de la physique théorique. On doit dépasser les symboles écrits, qu'ils soient poétiques, paradoxaux, analogiques ou mathématiques, afin de découvrir pour soi-même la Vérité, Sat, Être, la « Réalité » sous-jacente.   

Cette perspective unique a été décrite par le Siddha Tirumular dans le verset 2943 du Tirumandiram :

          Pas le plus haut, ni Sadasiva ;
          Ni le sans forme, ni l'état de l'image ;
          Merveilleux comme l'expérience du plaisir de l'amour ;
          Il est immergé en (moi) au-delà de sa propre imagination.

Tirumular nous pose la même question que les physiciens théoriques : comment décrire la Réalité Ultime ? Est-elle la plus élevée ? Est-ce Sadasiva (le Seigneur) ? Est-elle sans forme ? A-t-elle des propriétés ? Sa réponse concorde avec les conclusions de la physique théorique, résumées ci-dessus : elle est indescriptible.

Le Siddha Tirumular conclut et nous avertit avec une analogie dans le verset 2944 suivant :

            Ah, imbéciles, qui voient les choses avec les yeux physiques ,
            Le vrai bonheur consiste à voir avec l'oeil intérieur ;
            Comment la mère peut-elle exprimer à sa fille
            Son plaisir avec son mari ?

Tout comme l'expérience du plaisir de l'amour ne peut pas être décrite, il est impossible d'expliquer le bonheur d'éprouver la Réalité. L'on devrait être immergé ou l'on devrait ressentir cette expérience qui est au-delà de son imagination. 

 

            Tout comme le sel dans l'eau, le Seigneur est immergé.
            Comme parapara dans para sans aucune distinction ;
            L'implication cachée est fusionnée dans le (mot) ;
            Comment ? Comment ? C'est juste comme cela.
— Verset 2945 du Tirumandiram

 

Para fait référence à notre Soi supérieur ou suprême, qui est aussi distinct que le corps et la personnalité de l'esprit ; notre âme. Parapara fait référence à l'Être Suprême. Les deux partagent une qualité essentielle : la conscience. Par contre, la conscience n'est pas un objet. Elle n'est pas non plus un épiphénomène dépendant de l'existence d'un cerveau, comme certains matérialistes ont avancé. Toutes les créatures vivantes, même celles sans cerveau, démontrent une conscience. Parce que la conscience est le sujet, celle qui est témoin, celle qui observe. Elle pénètre chaque chose, grande et petite ; par conséquent, elle défie toutes les tentatives des physiciens de la mesurer, comme démontré plus haut. Parce qu'elle n'est pas une « chose ». Elle n'est pas « là-bas », mais partout, à l'intérieur et à l'extérieur. En soulevant la question « Comment ? Comment ? », Tirumular fait référence à la nature inexprimable et translinguistique du fusionnement de l'âme ou de la conscience individualisée avec le Seigneur ; la Conscience Suprême. La réponse ne peut pas être définie dans un mot ou par des symboles, mais en se tournant vers l'intérieur. Tirmular montre le chemin dans le verset suivant :

            Nandi (le Seigneur) était là au beau milieu de l'esprit ;
            Adoration et contemplation (de Dieu) ont cessé spontanément ;
            La lumière brillante qui surgit dans l'espace du milieu ;
            J'ai fusionné avec elle par ma sagesse (jnana).
— Verset 2947 du Tirumandiram

Puisque le Seigneur est fusionné en moi dans ma conscience et qu'il surgit dans « mon » esprit comme une lumière brillante, toutes les formalités (rituels) de culte et de contemplation ont cessé d'exister spontanément. Maintenant, dans cet état de fusion, je n'ai plus de besoin de rituel, de Saintes Écritures ou de temples.

            En fusionnant, j'ai senti la présence de parapara ;
            En fusionnant, j'ai atteint Siva-gati ;
            En fusionnant, je suis devenu conscient de la conscience ;
            En fusionnant, j'ai été témoin de plusieurs milliers d'années.
— Verset 2953 du Tirumandiram

En fusionnant, j'ai pris conscience d'Être lui-même. En d'autres termes, j'ai atteint la réalisation non pas de ma conscience, mais de la conscience de l'Être qui devient conscient de lui-même en « moi. » Je suis devenu éternel. Siva-gati est la libération finale de la perspective égoïste ; je suis le corps-esprit.

Comment réaliser la « réalité » ?

Nos expériences sont presque toujours fortement influencées par nos désirs. Nous voyons ce que nous voulons voir, entendons ce que nous voulons entendre, et ce, dans plusieurs domaines de la vie. Les politiciens savent ceci et ils manipulent leurs auditeurs en leur disant ce qu'ils veulent entendre. Cela est connu comme du populisme en science politique. Les « pickpockets » ne voient que des poches. Les fondamentalistes qui attendent la « fin du monde » apocalyptique interprètent les événements actuels dans le Moyen-Orient comme des indicateurs qui prouvent le prochain Armageddon. La discrimination raciale, les préjugés et les injustices en tous genres sont d'autres exemples de la façon dont nous nous permettons d'être trompés par les désirs, nés de la mémoire et des habitudes subconscientes. Connaissant ceci, la clé pour réaliser la vérité, la réalité sous-jacente derrière ce monde de phénomènes toujours changeants, repose sur la purification de nos désirs. Comme l'a dit le Bouddha : « Le désir est un piège. »

Dans le Yoga Sutras III.35, Patanjali nous dit :

 (Quand il y a) une arrière-pensée, l'expérience résultante est (qu'il n'y a) pas de distinction (entre) la conscience de l'être manifeste dans la nature et le Soi ; (quand on pratique) la communion pour elle-même, (on acquiert) la connaissance de Soi.

En d'autres mots, lorsqu'il y a du désir (une arrière-pensée) pour tout sauf pour réaliser la Vérité, on confond le sujet, notre Soi pur, avec ce que nous expérimentons dans la nature. En d'autres termes, nous confondons ce qui est conscient, ce qui est le Témoin, avec tous les objets de l'expérience, tels qu'ils se présentent au travers de nos cinq sens, des émotions et des pensées. Par exemple, nous disons, « j'ai chaud » ou « j'ai faim » ou « je suis jaloux » plutôt que « il fait chaud » ou « il y a un besoin de nourriture ou de s'alimenter » ou « il y a des sentiments de jalousie ». Marchant seul dans la nuit, dans une rue sombre, un étranger nous approche et nous pouvons nous sentir menacés simplement parce que nous nous identifions avec des souvenirs associés à la « noirceur », aux « étrangers » et à l'émotion de la peur. Mais dans le verset ci-dessus, Patanjali explique qu'en cultivant le samyama (la communion), qu'il définit dans le verset III.4 comme la combinaison de la concentration, de la méditation et du samadhi (absorption cognitive), l'on connaît le Soi sous-jacent. Le samadhi se produit lorsque l'esprit devient absolument calme. En lui, on devient conscient de ce qui est conscient. L'on voit la lumière, pas seulement ce qui est illuminé par elle. Dans ce verset, Patanjali nous dit que lorsque l'on entre en communion au niveau le plus subtil de notre être basé sur la distinction même entre le Soi pur (le sujet) et les objets ou les manifestations de la nature, dans le complexe de corps-esprit, la réalisation de la Réalité sous-jacente peut se produire. 

Alors que, pour l'étudiant du Yoga, la Réalité peut être assez facilement accessible, maintenir cet état de conscience et agir à partir de cette conscience est le défi ultime, le summum de l'existence humaine, l'illumination. Toutes les technologies du Yoga ont comme objectif ce but. Cela s'accomplit en générant en premier l'état du sattva, caractérisé par le calme, comme base dans sa vie. Cet état permet de graduellement « lâcher prise » sur la perspective égoïste, avec tous ses désirs et toute son ignorance à propos de sa vraie identité, et de devenir le Témoin du théâtre du karma, de la nature et des illusions créées par l'esprit et le corps vital. L'on connaîtra la Réalité en fixant son regard sur la lumière intérieure, en maintenant le calme intérieur et en se rappelant de demeurer le Témoin du drame de la vie. Savoir que la physique quantique et les mystiques anciens s'entendent pour dire que la Réalité ne peut pas être réduite à un mot ou aux symboles mathématiques vous libérera du doute intellectuel et vous encourage à ÊTRE CELA plutôt que de penser à cela.

 

Journal du Kriya Yoga de Babaji - Volume 19 Numéro 5 - Printemps 2012

Copyright © 2012 par Marshall Govindan.

 

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