Babaji's Kriya Yoga
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"Thirumular en tant que guru: la dynamique maître-élève dans le Thirumandiram"
Première partie

Par Vyasa (Doug Lawson)

Qui est le Guru? Quel est son rôle en tant que maître? Quelle est la relation entre l'élève et le guru? Le Siddha Thirumular a écrit l'une des œuvres les plus importantes dans le domaine du yoga, connu sous le nom de "Thirumandiram." Récemment, les professeurs T.N. Ganapathy et K.R. Arumugam ont écrit un commentaire important sur cet ouvrage, publié sous le titre "The Yoga of Tirumular: Essays on the Tirumandiram" (en anglais seulement). Ces essais jettent de la lumière sur les questions ci-dessus.

Durant le long périple de la vie, la tradition indienne place une grande importance sur le concept de "guru" (essai p. 365). Le huitième essai de l'auteur, T.N. Ganapathy, appuie ce point de vue quand il décrit la façon dont le "guru" est considéré comme le seuil de notre ascension vers la libération.

On dit souvent qu'un voyage d'un millier de kilomètres commence par le premier pas, et cela peut sembler prosaïque ou même facile dans le contexte d'une discussion sur la libération du soi. Et pourtant, connaître sa destination n'est pas le point le plus important. Bien souvent, le problème en vient à trouver un guide adéquat et capable de nous aider à naviguer les obstacles afin d'arriver sain et sauf à notre distante destination. Ainsi, pour cette raison, il semble très astucieux pour un voyageur de la vie à la recherche de la plus grande sagesse, de recruter l'aide d'un guide : un guru. On peut littéralement traduire ce mot par le terme "sagesse" (p. 365). En d'autres termes, l'assistance sous la forme d'un guru est une nécessité des plus utiles pour se faire guider vers notre conscience ultime de soi où l'on doit réaliser la sagesse.

Si nous avions commencé à concentrer les efforts de cette discussion sur la philosophie de la tradition des Siddhas et de Thirumular ou sur le sujet du mysticisme ou même sur d'autres thèmes de ce livre, il aurait été bien plus difficile d'expliquer le thème central du Thirumandiram. Cet essai aurait commencé en omettant le concept très important du sage conseiller qui nous aide à interpréter ce texte si propice à la transformation personnelle. Bien entendu, nous aurions reçu l'aide des auteurs de cet essai, mais nous n'aurions pas bénéficié d'un soutien directionnel intégré, une sorte de boussole basée sur la morale. Le rôle du guru fournit un tel soutien éthique naturel à ceux qui commencent leur recherche ainsi qu'à ceux qui sont déjà sur la voie.

Ainsi, l'être humain prototypique aspirant à atteindre une conscience plus élevée fait face à un paradoxe quand il se lance vers ce but si noble : comment peut-on atteindre cet objectif, sans savoir comment s'y rendre? Ce problème est tout aussi complexe pour ceux qui possèdent des directives bénéfiques partielles mais qui manquent néanmoins de faits cruciaux. Et ainsi le choix extrêmement sensé consiste à recevoir l'assistance d'un instructeur qui peut nous aider à naviguer, lire des cartes, interpréter les signes, fournir une assistance, servir d'inspiration, enseigner et nous guider hors de notre ignorance dans les domaines de la connaissance immanente et de la réalisation spirituelle. Mais le plus important est le fait qu'il est déjà passé par là. Parce que le Thirumandiram, tout comme les autres formidables tomes spirituels, vise avant tout la réalisation de l'Absolu.

En examinant le rôle du guru, on découvre que le nom lui-même présente un indice dans la recherche : lever l'obscurité. Et pour accomplir le rôle du guru, il doit y avoir un élève. Car sans le rôle complémentaire, la fonction du guru ne peut être accomplie. Ainsi, nous pouvons voir que dès le début, Ganapathy considère que Thirumular assume le rôle de guru comme auteur de ce texte et que tous les lecteurs deviennent des élèves dès qu'ils abordent le texte.

Thirumular informe le lecteur des différentes manières dont le rôle du guru peut se manifester sous diverses formes d'enseignement:

· Acarya: guide l'élève par l'utilisation de règles de conduite et effectue des cérémonies
· Upadhyaya: tuteur de sagesse sacrée
· Raja-guru: le maître royal
· Loka-guru: l'enseignant du monde

Les attributs du guru comprennent d'une part une connaissance complète des œuvres philosophiques, spirituelles et religieuses et d'autre part une expérience pratique et une vie pure. Cependant, il manque une pièce très importante: un intérêt et une affection profonde envers le disciple. Et l'auteur insiste que ce trait est de prime importance. Le guru se reconnaît dans le disciple, comme la personne qu'il a déjà été. Le guru fait preuve de compassion et possède une compréhension des connaissances et expériences complexes nécessaires pour atteindre une plus haute réalisation de soi. Le guru sait que l'élève doit acquérir des compétences à la fois théoriques et pratiques, et que son propre parcours vers la réalisation de soi transparaît dans sa façon d'être à la fois patient et exigeant, explicite et cryptique, constant et périodique. Par le processus d'initiation, l'élève accède à la connaissance ésotérique: il est "éduqué." Et dans la traduction grossière de ce mot d'origine latine: "e" représente "ex", signifiant "hors de;" et "duc" signifie "mener", l'élève est "mené hors de" l'ignorance vers la connaissance. On peut voir, en fait, que les termes "guru" et "éducateur" sont des concepts très semblables.

La dynamique élève-enseignant est donc décrite clairement quand on interprète la signification du concept de l'initiation du sanskrit: diksa. On peut le comprendre comme étant le fait "d'accéder à son potentiel." Ganapathy fait référence à ce processus comme celui où le maître porte le disciple en lui, comme la mère porte son enfant dans son ventre. Par ce processus, le disciple accède au pouvoir inhérent de l'énergie du jnana (connaissance) du guru. L'un dirige tandis que l'autre le suit. Il y a un processus complet contenu dans la relation: de l'obscurité à la lumière; de l'ignorance à la connaissance. Comme le fait remarquer Ganapathy: "D'après les Bauls, le guru est le passé, le disciple est le futur et l'initiation le présent." N'est-ce pas une métaphore holistique remarquable du processus de croissance de la conscience humaine? Le processus dont nous parlons est un processus d'éveil de la connaissance spirituelle. C'est un voyage transformationnel où le guru agit comme une sage-femme qui opère la transformation de l'ancien élève en une nouvelle personne. Il se produit une renaissance sous une nouvelle forme avec un nouveau nom, un nouveau cadre, un nouveau corps de connaissances propres et figurées. Ganapathy mentionne Mircea Eliade, en faisant référence aux résultats du processus d'initiation: "l'initiation est l'équivalent d'un changement fondamental de la condition existentielle:… un être totalement différent… il est devenu un autre." (p. 369)

La motivation de ce rôle du guru est fondée sur deux principes: la gratitude et la compassion. Le maître a reconnu la dette qu'il avait envers la vie, du fait de la connaissance merveilleuse qui lui a été transmise. Et le guru exprime sa reconnaissance en aidant de manière bienveillante et compréhensive les élèves qui avancent sur le même chemin qu'il a déjà parcouru. Avec le temps et un certain succès, le guru amortira ou éliminera complètement la dette. De plus, l'élève éprouvera du respect pour la capacité du maître à guider et acquerra un certain niveau nécessaire de confiance en soi. Ces caractéristiques complémentaires sont nécessaires au cycle naturel de la réalisation. Sans l'élève, le guru est incapable d'enseigner, et sans le guru comme guide, les objectifs de l'élève seront plus difficiles à atteindre.

Pour que le guru soit réellement capable d'être un bon maître et non pas un charlatan répréhensible, il se doit d'être réalisé, quelqu'un qui est dans un état d'impersonnalité spirituelle. Cela signifie que l'âme individuelle de la personne, son jiva ou l'âme individuée, est complètement absorbée avec la vérité divine nommée Shiva. Ils se sont fondus en un seul objet. On dit alors que le guru est un Shiva-yogi. La conscience égocentrée de l'individu a été élevée à un niveau de réduction totale, si bien qu'elle peut se fondre avec l'Absolu. C'est une union mystique, un état d'union qui amène la personne à un état enivré d'extase ou "super-union." En un mot, il connaît l'état de yoga, la connexion ultime. Avec la connaissance du Soi-Supérieur, le guru peut alors travailler avec l'élève pour briser les attaches ou les liens qui empêchent l'élève de faire l'expérience de son vrai potentiel. Le processus de coupure des liens avec les désirs et les passions est un exercice nécessaire que le guru, avec compassion, aide l'élève à accomplir. Le renoncement peut en venir à demander de renoncer au désir de connaître l'union avec Dieu, comme Thirumular le recommande. De cela, on peut voir que le renoncement n'est pas tant le fait d'abandonner un objectif, mais plutôt de s'abstenir de renoncer. Cela est peut-être mieux exprimé par le principe "ne pas faire trop d'effort" pour éviter "de faire trop d'effort."

Cet état de connexion ultime est quelque chose que toutes les traditions religieuses mentionnent. Ce n'est pas tant un concept, mais plutôt une abstraction, c'est-à-dire une réalité parfaitement indescriptible (p. 380). En montrant à l'élève ce qui est réel et ce qui ne l'est pas, le guru commence à l'initier à un état d'extase. Ceci ne peut se produire chez l'élève que si le guru est un maître réalisé, afin que la connaissance de ce dernier, son jnana, puisse être transmis. Si le guru a réalisé Shiva, ce qui est nécessaire, on peut alors dire que le guru fait partie d'une lignée authentique lui donnant le plein pouvoir d'être un maître de la Vérité. Ganapthy déclare que Thirumular est le disciple principal de Nandi, qui est Shiva. Thirumular déclare qu'il y a quatre méthodes de recherche d'union avec Shiva: bhakti ou le yoga de "la dévotion," représenté par la danse et le chant; le jnana ou le yoga de "la connaissance," par lequel nous essayons de comprendre la nature de la réalité dans du corps physique. Cette dernière méthode est en fait le kundalini-yoga, la méthode que les Siddhas utilisent. Thirumular précise que les quatre méthodes sont nécessaires et il fait valoir que l'élève doit écouter le guru.

Finalement, Thirumular explique que l'on peut reconnaître les gurus authentiques par les traits suivants:

· Ils travaillent à la réalisation du disciple
· Ils délivrent le disciple de son karma
· Ils libèrent le disciple de ses pasas (attaches)
· Ils impartissent la lumière sublime de la connaissance

De la même façon, on reconnaît le bon élève par les traits suivants:

· Il trouve son chemin en suivant les enseignements du guru
· Il donne son corps, sa vie et sa richesse au guru
· Il est sattvique - il demeure équilibré et centré tout en suivant le chemin de son dharma
· Il distingue le réel de l'irréel
· Son jnana s'accroît de manière continue
· Il suit la voie scripturale de la renonciation aux désirs

Dans cette première partie, nous avons décrit la relation guru-disciple dépeinte par Thirumular. La deuxième partie de cet essai abordera l'ensemble de la connaissance couverte dans la relation guru-maître.

 

Tous droits réservés: M. Govindan Satchidananda, juin 2006

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