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"Questions et réponses"
Par M. Govindan Satchidananda et Durga Ahlund
Question: Ma question porte
sur le rôle de l'analyse dans la conquête des états d'esprit
négatifs. Lorsque quelque chose me tracasse, je veux comprendre
pourquoi et je peux passer des jours entiers à analyser des
causes. Cependant, la voie spirituelle, il me semble, nous
dit que l'analyse des problèmes les renforce en les rendant
plus réels qu'ils ne le sont en réalité. En d'autres termes,
le fait d'analyser un "problème" donne vie à ce dernier et
renforce l'ego au lieu de le dissoudre. Dernièrement, j'essaie
d'observer mes états d'esprit sans les analyser, j'essaie
de les embrasser sans tenter de les comprendre. Toutefois,
cette méthode ne m'apporte pas de soulagement non plus. Si
je me sens déprimé ou anxieux, je veux en comprendre la cause.
Il me semble que le discernement des causes et des mécanismes
des problèmes, qu'il s'agisse de préoccupations, d'irritation,
de dépression, de colère, etc., en vaut la peine. Pouvez-vous
m'éclairer quant au rôle de la prise de conscience, d'une
part, et de l'analyse, d'autre part, dans la conquête de nos
états d'esprit négatifs?
Réponse de M. G. Satchidananda:
Parfois, comprendre un problème n'est pas la même chose que
le résoudre. On peut voir des excréments de chien dans la
rue sans ressentir le besoin de les analyser ou de mettre
le nez dedans! De la même façon, dans la plupart des cas,
l'analyse des pensées et émotions négatives qui envahissent
le mental est tout aussi inutile. En thérapie, " comprendre
" n'est pas un objectif en soi. L'objectif est plutôt l'acceptation,
en d'autres termes, choisir de lâcher prise.
Le problème n'est pas dans les pensées ou
émotions négatives, mais plutôt l'habitude de s'en déclarer
le propriétaire. Si vous habitez avec quelqu'un qui génère
beaucoup de pensées négatives, il est très probable que vous
absorberez rapidement ces pensées et que vous commencerez
à penser de la même façon. Nous produisons tous des formes
mentales, et ces dernières acquièrent leur propre vie une
fois créées. Elles peuvent durer quelques secondes ou plusieurs
heures ou jours, selon l'énergie qui les sous-tend. Lorsqu'elles
apparaissent chez quelqu'un d'autre, cette personne leur donne
une saveur particulière et personnelle et se dit: "Je suis
déprimée" ou "Je suis fâché." L'intensité de ce phénomène
dépend de la force de l'habitude de s'identifier avec de tels
types de pensées négatives.
La solution est donc de cultiver le point
de vue du témoin, qui permet de voir que vous n'êtes pas vos
pensées et émotions, et que ces dernières sont en fait des
envahisseurs temporaires de votre corps mental et vital. En
pratiquant le yoga, la méditation et l'équanimité, vous pouvez
établir la réalisation de votre Soi réel. Vous n'êtes pas
votre mental. Vous n'êtes pas vos émotions. Vous ne pouvez
pas être quelque chose qui est toujours en flux. Vous ne pouvez
être que quelque chose qui ne change jamais: l'Être-Conscience.
Voilà ce qu'est la sagesse. En développant la sagesse et un
état de conscience plus élevé, vous pouvez vous hisser au-delà
de l'illusion basée sur l'ego qui vous fait dire: "Je suis
de mauvaise humeur," "Je suis fatiguée" ou "Je suis déprimé."
Le fait de questionner l'origine des pensées
négatives peut s'avérer utile si vous le faites de façon détachée
et impersonnelle, par exemple au moyen du quatrième dhyana
Kriya. Vous pourriez méditer sur la colère ou la dépression
ou la peur et ainsi acquérir une meilleure compréhension de
leurs causes, conséquences et solutions. Toutefois, la réflexion
sur "ma peur," "ma colère" ou "ma dépression" ne fera probablement
que creuser un trou encore plus profond d'illusion basée sur
l'ego. Ces états négatifs ne vous appartiennent pas plus que
les excréments que vous voyez dans la rue! Vous avez peut-être
pris l'habitude de ramasser de tels objets indésirables, comme
un sans-abri ramasse des ordures, mais cela est très encombrant!
Vous êtes être absolu, pure conscience et
joie inconditionnelle. En demeurant conscient de cette vérité,
vous pouvez faire face à tous les défis de la vie, le sourire
aux lèvres.
Réponse de Durga: Pour
moi, ce qui est formidable dans la voie spirituelle est le
fait que nous n'avons pas besoin d'analyser ou d'embrasser
nos états d'esprit négatifs. La prise de conscience nous permet
de nous en dissocier afin de prendre les mesures nécessaires
pour atteindre un état d'esprit au moins neutre.
Le fait de se demander pourquoi je suis
déprimé ou irrité ne favorise pas les changements de conscience.
La dépression ou l'irritation ne nous mèneront jamais nulle
part. Elles nous font stagner et nous empêchent de découvrir
la raison pour laquelle nous sommes irrités ou déprimés. Il
est facile de justifier la dépression ou l'irritation. La
vie est remplie de lutte et de souffrance, et l'ego peut toujours
trouver de bonnes raisons d'être déprimé ou irrité. Mais la
justification comprime notre champ énergétique et pose un
obstacle au changement.
L'analyse est utile si elle vous aide à
changer votre état d'esprit. Il faut faire ce qui est nécessaire
pour changer l'état d'esprit. Si l'analyse vous aide à sortir
votre esprit de ces états négatifs, alors analysez jusqu'à
ce qu'il n'y ait plus rien à analyser.
Vous utilisez le terme "embrasser" [les
états d'esprit]. Cela me fait penser qu'il se peut que la
réponse dans votre cas consiste à vivre une libération émotionnelle,
mais sans analyse aucune. Ressentez pleinement, laissez vos
émotions faire surface. Cette méthode peut fonctionner à merveille
pour des difficultés comme la colère.
Dans mon cas, une solution consiste à faire
de l'asana yoga un peu plus intensément ou à demeurer dans
les postures un peu plus longtemps que d'habitude. Le fait
de sortir des postures entraîne un changement presque immédiat.
Ou faites des séances de trois minutes de respiration kapalabhati.
Mais la méthode qui fonctionne le mieux
pour moi consiste à observer les pensées d'irritation ou de
tristesse me traverser, sans y opposer d'obstacle. Observer
et permettre sans participer. Cela permet aux pensées de demeurer
dans le domaine des " sensations " plutôt que de devenir l'objet
d'une dissection intellectuelle, ce qui m'emmêle dans mes
habitudes karmiques.
Les exercices de purification font parfois
surgir différents états affectifs. Ces états peuvent surgir
de façon dramatique, sans pour autant être attachés à quoi
que ce soit. Pendant plusieurs années, je fondais souvent
en larmes, je ressentais une tristesse profonde sans savoir
d'où elle venait. Je la laissais venir et, après environ une
minute, elle disparaissait tout aussi spontanément qu'elle
était venue. Souvent, les larmes ne laissaient aucune trace
sur mon visage.
Nous nous purifions tous de différentes
façons. Pour moi, ces états d'esprit sont purificateurs et
doivent être surmontés aussi rapidement que possible.
Tous droits réservés:
M. Govindan Satchidananda, juin 2006
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