Babaji's Kriya Yoga
Babaji's Kriya Yoga Images
English Deutsch Français FrançaisEspañol Italiano Português PortuguêsJapanese Russian Bulgarian DanskArabic Farsi Hindi Tamil Turkish
 
            

Le Projet de Recherche du Yoga des Siddhas Tamouls: Les Difficultés de Base

Par Dr. T. N. Ganapathy, Ph D
Directeur du projet de Recherche du Yoga des Siddhas Tamouls

(L'article qui suit est extrait de notre livre qui va paraître prochainement sous le titre, "The Yoga of Tamil Siddha Boganathar" by Dr. Ganapathy)

Il existe certaines difficultés de base que tous ceux qui écrivent sur les Siddhas tamouls rencontrent. Celles si sont liées à:

1. La définition du terme "Siddha", la classification des Siddhas et leurs nombres;
2. L'absence d'édition sérieuse, la forme poétique et la langue utilisée par les Siddhas;
3. Le nombre de Siddhi et point de vue concernant les Siddhis;
4. L'utilisation du yoga tantrique comme méthode des Siddhas;
5.L'identification des Siddhas aux alchimistes;
6. La philosophie du corps humain;
7. un compte rendu biographique digne de ce nom.

Passons à l'examen détaillé des difficultés mentionnées ci-dessus.

1. La définition et la classification des Siddhas.

La difficulté de base de toute étude des Siddhas commence avec le terme "Siddhas" lui-même qui présente plusieurs significations, qui sont reliées et qui se recoupent parfois sans qu'il n'existe aucun usage unifié. C'est un terme sanskrit signifiant "accompli". Un Siddhas est un "videgha" "complètement évaporé", un être parfait. Il représente l'idéal de perfection indien. Les Tamouls se réfèrent à quatre types de mukti ou de libération. Ce sont les salokya, le statut de vivre dans le monde de Dieu, sarupya, le fait de prendre la forme de Dieu, et sayujya, le faite de faire qu'un avec Dieu. Les Siddhas sont ceux qui ont obtenu ce dernier type de libération. Les trois premiers types de libération sont appelés padamukti par Tirumular et le dernier est appelé Siddhi. Tirumalar dit que celui dont l'esprit est serein et clair comme un océan sans vagues est un Siddha. Dans le Tamil Nadu il est habituel pour les Siddhas de retracer leur origine jusqu'à Siva, qui est appelé un Siddha.

Un Siddha c'est celui qui a réalisé les non-dualité de jiva et Siva. C'est celui qui a réalisé Siva en lui-même. C'est celui qui a atteint Sivanubhava qui veut dire l'état d'expérience où existe le non-dualisme ou l'union entre l'expérience de jiva et Siva, un jiva-Siva-aikya. Il existe un dicton tamoul "Sittan pokku, Sivan pokku" qui signifie qu'un Siddha marche ou suit le chemin de Siva.

Un Siddha est un Yogi. Saint Tirumular dit que ceux qui vivent dans le Yoga et qui voient le pouvoir divin et la lumière divine grâce au Yoga sont des Siddhas. Celui qui atteint la perfection par la méthode de l'effort personnel est un Yogi expérimental. En tant que Yogis on dit des Siddhas qu'ils possèdent un triple contrôle - le contrôle de la respiration, le contrôle du fluide séminal, le contrôle de toutes les passions et de l'accomplissement de l'état de non-désir - et le contrôle du mental. Un siddha c'est celui qui a réussi à stabiliser ces contrôles en lui-même et qui conserve l'équanimité et un sens de l'équilibre.

Un Siddha est celui qui a atteint Siddhi, un pouvoir psychique et supranaturel spécial, dont on dit qu'il comporte huit aspects dans la science du yoga. Les huit siddhis sont:
(i) anima, la faculté de devenir aussi minuscule qu'un atome;
(ii) mahima, la faculté de s'étendre de façon indéfinie;
(iii) laghima, la lévitation ou la faculté de flotter en l'air;
(iv) garima, la faculté d'aller n'importe où;
(v) prakamya, le libre-arbitre ou la faculté de surmonter les obstacles naturels;
(vi) isitva, la faculté de créer ou de contrôler;
(vii) vasitva, la domination sur la création tout entière; et
(viii) kamavasayitva, le don d'accomplir tout vœu ou la faculté d'obtenir toute chose désirée ou d'atteindre l'état de non-désir.

Le terme "Siddha" vient du mot "siddhi" qui signifie l'expérience de Siva. Siddhisvara, Dieu des Siddhis, est le nom de Siva. Siddhis indique si les pratiquants de yoga ont atteint une étape en direction du but ultime, à savoir la libération. Il est faux de croire que les Siddhas sont des magiciens ou des acètes grossiers crédités de pouvoirs surnaturels. Ce ne sont pas des athées ou des agnostiques comme on a coutume de le croire. Ils croient en Dieu, mais pas en un Dieu de telle ou telle religion. Pour la plupart d'entre eux il existe un Dieu, un Siva, sans aucune limitation ou attributs, Siva est grammaticalement ou philosophiquement une conception impersonnelle. Le vrai nom de "Siva" est "Cela" ou "Atu" ou "le fait d'être cela" ou "le fait d'être Tel". Un véritable Siddha est au-delà de l'athéisme et tout autant de la foi (théisme).

Un Siddha est un libre penseur et un révolutionnaire qui refuse de se laisser emporter par telle ou telle religion, telle ou telle écriture et tel ou tel rituel. Un siddha Tamoul dit : "Un Siddha c'est celui qui a brûlé les sâstras". Ceci ne doit pas être interprété littéralement, cela signifie en fait que pour un jnanin, "les Vedas ne sont pas les Vedas". Un Siddha est celui qui a atteint l'état de réalisation qui le libère des injonctions des sâstras, et qui le conduit au-delàs des Vedas. A ce stade les sâstras deviennent des éléments sans importance. Il y a toujours un gouffre entre les mots et l'expérience qu'ils décrivent. Rechercher l'illumination par les mots et les idées c'est comme s'attendre à ce que la vue d'une carte de restaurant parvienne à satisfaire les processus internes d'un homme qui a faim. Une description ne peut jamais réussir à transmettre l'expérience. Tout les sâstras, Vedas, Puranas, et différentes sectes religieuses transforme l'humanité en des animaux conditionnés. La vérité est l'expérience vécue et elle ne peut être traduite totalement par aucun sâstra. Comme le dit une chanson Doha : "Regarder un fruit dans un arbre ne veut pas dire le sentir. La maladie disparaît-elle à la vue d'un médecin?" Les Siddhas semblent être opposés aux écritures, mais leurs tempéraments est celui des dévots. Ce sont des "pieux rebelles" à l'intérieur du champ de la religion et en tant que tel ils ne sont pas athées. Le Siddha Karai établit une distinction entre un Siddha et un non-Siddha en disant qu'un Siddha se dirige vers la voie de l'expérience alors qu'un non-Siddha se dirige vers le chemin des écritures.

Un Siddha est celui qui jouit d'une béatitude parfaite même lorsqu'il est dans son corps physique. Le corps est traité par lui comme le meilleur instrument de réalisation de la vérité. Semblable aux fleuves sacrés, aux temples, aux montagnes etc., le corps est un passage sacré en direction de la Réalité ultime. Sivavakkiyar soulève une question pertinente : pourquoi devrions-nous aller dans ces endroits quand le seuil est en nous? Les Siddha savent comment conserver le corps à travers des rayons de lumière ("mani" en tamoul) les ondes sonores ("mantra") et la médecine ("marundu" ou "ausadha" en tamoul). La technique de la conservation du corps est appelée kaya sadhana : c'est une tentative pour atteindre un corps parfait appelé Siddha deha. En résumer, celui qui a obtenu le pouvoir de dématérialisation et de spiritualisation du corps, et sait comment transmuer le physique corruptible en une base de vie supra-physique incorruptible est un Siddha. Un Siddha atteint et possède un corps spirituel et éternel appelé divya-deha et il est celui qui finalement se libère du cycle karmique et atteint la libération du temps. En utilisant l'expression de Mircea Eliade nous pouvons dire que les Siddhas sont ceux "qui ont compris la libération comme étant la conquête de l'immortalité".

Un trait caractéristique que nous trouvons parmi les Siddha tamouls est l'absence totale de culte local à une divinité. Ce ne sont pas de "hénolocothéistes", les croyants d'un Dieu local. Aucun Siddha authentique dans le Tamil Nadu y compris Tirumular, n'a chanté la gloire d'aucun Dieu local, d'aucune divinité ou de Dieu personnel. En cela, ils se distinguent des autres Saints, tout spécialement Alwars et Nayanmars. Nous pouvons dire que la caractéristique principale qui distingue un Siddha authentique d'un non-Siddha est de savoir s'il ou elle a chanté la gloire de tel ou tel Dieu local. Selon Sivavakkiyar, un Siddha ne vénère aucune divinité dans un temple. Comme le chant Baul : "le chemin vers l'Absolu est bloqué par les temples, mosquées et les professeurs". Markendaya Purana dit que celui qui connaît le yoga ne devrait pas participer aux pèlerinages vers les lieux sacrés des Dieux. Pambatticcittar dit également que ceux qui ont bâti des temples pour des Dieux locaux et ont offert des prières sont ceux qui ne parviennent pas aux pieds du véritable Seigneur. Tirumular fait également référence aux Siddhas comme étant ceux qui n'ont pas pris le chemin d'une religion ou samayam. "Samayam" en tamoul signifie "convention", "règle".

Les chants des Siddhas ne comportent aucune trace de réflexion collective; ni aucune suggestion de sermon; ils indiquent seulement la direction. On peut dégager certaines caractéristiques communes aux Siddhas, qui les différencient d'une part des poètes "éduqués" et de l'autre part des poètes religieux sectaires. Pour être un Siddha, toute affiliation sectaire est hors de propos. Leur philosophie est l'illumination, distincte de toute doctrine; ce n'est pas une approche théorique et formelle des problèmes. Les Siddhas tamouls ne sont pas des bâtisseurs de système; leurs techniques consistent à faire sortir les gens de leurs ornières intellectuelles et de leur moralité conventionnelle. Ils ont diffusé auprès de leurs auditeurs un message corrosif, choquant et sans compromis possible les exhortant à se débarrasser de leurs illusions, de leurs prétentions, et des orthodoxies vides afin de pouvoir se confronter de façon intense, directe et personnelle avec la vérité. Ce sont des aspirants spirituels non-conformistes et "non-attachés", qui recherchent ardemment une approche directe et naturelle ainsi qu'une expérience plus intense de la vérité absolue. Ils rejettent la valeur et le prestige des écritures qui demeure le privilège d'une élite dans l'Hindouisme. Les Siddhas tamouls peuvent être considérés comme "sans écritures" ou "sans livres" ou l'école d'Hindouisme nirgrantha, puisqu'ils sont détachés de toute autorité scripturale.

Les Siddhas tamouls appartiennent à une "contre tradition" non-conformiste. Ce qui est entendu ici par "contre tradition" n'est pas "ce qui s'oppose à la tradition". Mais la "tradition qui s'oppose". Les Siddhas ont défié beaucoup de croyances et de pratiques acceptées par la société et pas la pensée hindoue. Ils ont dénoncé les vénérations rituelles aux carcans qui empêchent l'âme de se libérer. Leurs langages étaient tout aussi anti conventionnel que l'était leurs vies. Ainsi beaucoup de personnes ont été amenées à penser que les Siddhas tamouls étaient des Bouddhistes déguisés, puisque le Bouddhisme a aussi critiqué de façon véhémente les doctrines des Hindous.

Pour les Siddhas, L'affiliation sectaire n'est pas nécessaire. Toutefois il est habituel de classer les Siddhas dans les groupes ci-dessus. Le Hatha-yoga Pradipika, un texte classique sur le hatha yoga, contient une liste de Maha-Siddhas commençant par Adinatha. Adinatha est le nom mystique de Siva. Les Siddhas appartenant à l'école d'Adinatha s'appellent les Siddhas Natha. Ils sont connus comme les kan-phatta, parce qu'ils doivent percer les cartilages de leurs oreilles et faire passer un lourd anneau, que l'on appelle un darsana, qui avec le poids forme des espèces de fentes jusqu'aux lobes de leurs oreilles. Gautama Bouddha portait ce genre de marque. Les Siddhas Natha sont originaires du nord de l'Inde, et leur littérature contient un certain nombre de textes hatha yogiques parmi lesquels se trouvent les célèbre Haha Yoga Pradipika, le Gheranda Samhita et le Siva Samhita. Ils ont le mot Natha joint à leurs propres noms. Le terme "Natha" dans sa signification théologique est réservé uniquement à un précepteur de Saiva tout comme le nom de famille gosain est réservé aux enseignants de la croyance en Vaishnava. Ainsi, il serait intéressant de noter l'idée que le terme "Natha" provient du mot Prakrit "Nattha" signifiant une attache pour le museau utilisée pour contrôler un animal. Ce terme a été probablement adopté par les siddhas pour évoquer celui qui a contrôlé son mental grâce au yoga.

Le concept du sacrifice est lié à ce nombre, et "dix-huit" s'avère être l'équivalent symbolique de l'homme comme sacrifice. Selon la mythologie chinoise, il y a dix-huit lohans (arhats). Du point de vue de l'alchimie dix-huit est un nombre important. Dans le Rasesvara Darsana dix-huit modes d'élaboration du mercure ou dix-huit modes de traitement du vif argent sont discutés. Dans le Ramayana la guerre eut lieu pendant dix-huit jours : et il y a dix-huit Agamas, dix-huit consonnes etc. Un autre point de vue suppose que le nombre "dix-huit" se réfère aux "dix-huit" mondes des être humains ordinaires - les six organes des sens, les objets des six organes des sens et les six formes de la conscience de l'œil, l'oreille, le nez, la langue, le corps et le mental. Les Siddhas sont ceux qui sont allés au-delà, transcender les dix-huit mondes des hommes ordinaires. Ainsi on fait référence à eux comme les "dix-huit Siddhas", les personnes qui ont conquis les "dix-huit mondes". Dans la médecine Siddha le nombre "dix-huit" occupe une place spéciale. Macchamunmi dit qu'il existe dix-huit herbes importantes. Dans le kundalini yoga "dix-huit" est un nombre significatif; kundalini, après avoir atteint le sahasrara doit traverser plus avant à travers les dix-huit mahavidyas. Ce sont les 18 centres énergétiques subtils qui encerclent la région du sahasrara, finalement pour s'unir avec Siva, par un acte connu sous le nom de maithuna yoga. Dans le Sattaimuni Jnanam le Siddha fait référence au "dix-huit" lettres qui font partie intégrante de valai, la kundalini sakti. Dans son ouvrage Padinen Siddhar Yogakkovai Parayanappa, Yogi Ramaiah dit que le nombre de "dix-huit" représente dix-huit différents aspects du yoga bien qu'il ne les ait pas expliqués. Il dit également que sur les quatre-vingt quatre Siddhas, les plus importants sont au nombre de dix-huit d'où cette tradition de yoga appelée la Tradition Padinen Yoga Siddha. Toutes ces preuves internes du Yoga Siddha et la médecine ont été choisies pour montrer que "dix-huit" dans les "dix-huit Siddhas tamouls" ne fait pas référence au nombre des Siddhas (parce que les Siddhas sont innombrables) mais aux accomplissement d'un Siddha. Mais il semble à l'auteur que le nombre "dix-huit" fait référence aux dix-huit siddhis. Les Siddhas sont ceux qui ont atteint les dix-huit siddhis. En bref, le nombre "dix-huit" est un nombre saint parmi les Siddhas tamouls. Il y a un vers qui dit que les Siddhas connaissent dix-huit langues. Ici langue signifie Siddhi. (à suivre)

Tous droits réservés. Les Éditions Kriya Yoga de Babaji. Décembre 2001

© 1995 - 2017 - Le Kriya Yoga et les Éditions de Babaji, Inc. - Tous droits réservés.  "Babaji's Kriya Yoga" est une marque de service enregistrée.