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Yogi S.A.A. Ramaiah: Apôtre du Siddhantham du Kriya Yoga Tamil
Par M. Govindan Satchidananda
Le 9 mai 1923, dans la demeure ancestrale
de S.A. Annamalai Chettiar, une jeune femme, Thaivani Achi,
donnait naissance à son second fils, Ramaiah, nom qui
signifie "Ram adorant Shiva". Deux ans auparavant,
S.A. Annamalai Chettiar avait pris part au premier vol privé
entre l'Angleterre et l'Inde, il possédait un aéroport
personnel non loin de son habitation. Sa famille comptait
parmi les plus riches du pays; elle avait, au cours des siècles
précédents, amassé une fortune à
travers ses affaires bancaires et le commerce, son influence
s'étendait sur toute l`Asie du Sud-Est.
Leur demeure, "Ananda Vilas "
("Le lieu de la Grâce "), était l'une
des deux plus grandes propriétés du village
de Kanadukathan dans le "Chettinad" à 60
kilomètres au nord de Madurai, l'ancienne capitale
du Tamil Nadu. Chettinad était habitée principalement
par les membres du clan des Nattukottai Chettiar, clan constitué
de plusieurs centaines de familles. Les Chettiar étaient
les plus puissants banquiers du Sud-est asiatique; leur empire
englobait le Sud de l'Inde, la Malaisie, Ceylan, le Vietnam,
Burma et l'Indonésie. Au cours des siècles,
ils financèrent la construction de la plupart des grands
temples du Sud de l'Inde et de leurs gopuram.
P. Chidambaram, l'actuel Ministre des finances
de l'Inde, est un cousin de Yogi Ramaiah ; il a construit
sa carrière sur une solide réputation d'honnêteté
et une grande perspicacité pour les questions financières.
Le grand-père de Ramaiah, S. Annamalai, était
un philanthrope et un homme d'affaires. Son oncle, Raja Sir
Annamalai Chettiar avait fait fortune en important du bois
de teak de l'Inde vers l'Inde du Sud, il est par la suite
devenu un leader industriel, sa demeure princière qui
mesurait plusieurs centaines de mètres carrés,
se trouvait à côté de Ananda Vilas, avait
un garage de treize automobiles. Toutefois, le jeune père
de Ramaiah était plus intéresse par les avions,
les voitures et les chevaux de course ; il passait son temps
à jouer et à dilapider le patrimoine familial.
La mère de Ramaiah provenait du même clan des
Chettiar, c'était une jeune femme très religieuse,
portée vers la spiritualité et le mysticisme.
Elle était la disciple de "Chela Swami",
un énigmatique "saint aux allures d'enfant",
et saddhu, un ascète, qui passait par leur maison de
temps à autre. Comme il ne portait aucun vêtement,
les enfants du village le traitaient comme un fou et lui lançaient
des pierres, et pourtant, personne ne savait pour quelle raison
il souriait tout le temps. Les enfants du village lui offraient
des bananes ou lui massait les pieds avec vénération,
et il souriait; peu après certains d'entre eux se moquaient
de lui ou le taquinaient, il répondait avec un sourire.
Personne ne savait jamais ou il vivait ni ou il allait lorsqu'il
disparaissait pendant des semaines et des mois. Il allait
et venait comme le vent. Thaivani Achi lui était très
dévouée.
Le jeune Ramaiah fut éduqué
par des précepteurs et pu apprécier le style
de vie des membres de la plus haute élite de l'Inde
coloniale. Il jouait au golf, portait des vêtements
anglais, et se rendait souvent à Madras, quelques 300
kilomètres plus au Nord, en automobile; son père
y possédait la plupart des propriétés
qui longeaient le bord de mer au Sud de la cathédrale
de San Thome, sur plus d'un kilomètre et demi. Ramaiah
était intéressé par les sciences et la
littérature Tamil. Pendant que son père dilapidait
la fortune familiale, Ramaiah s'orientait vers des études
universitaires. Son père eut voulu qu`il entre dans
les affaires, comme tout bon Chettiar, mais Ramaiah demeurait
inflexible. Lorsqu'en 1940, il fut admis dans la plus prestigieuse
institution du Sud de l'Inde, l'Université de Madras,
l'Université Présidentielle, il demanda à
son père de lui accorder sa permission afin qu'il puisse
se spécialiser en géologie tout en suivant,
comme discipline secondaire, les Études Tamils. Ce
n'est qu'après de houleuses discussions et l'intervention
de la mère de Ramaiah que S.A. Annamalai accepta.
Ramaiah était un étudiant
brillant, lorsqu`il reçu son diplôme, en 1944,
il était le premier de sa promotion. Il posa sa candidature
pour un doctorat en géologie à l'Université
John Hopkins de Baltimore, USA et fut accepté. Son
père s'opposa à ce projet, Ramaiah devait commencer
sa carrière dans l'Empire familial. Ramaiah réussit
à convaincre son père à le laisser partir
pour l'Amérique. Toutefois, il fallait d'abord qu'il
se marie. Depuis plusieurs années Ramaiah était,
fiancé à Solachi, une jeune femme dont la riche
famille habitait en face de Ananda Vilas. Après le
mariage, Ramaiah et sa jeune épouse engagèrent
les préparatifs pour un long voyage en mer, jusqu'en
Amérique. Mais le sort en décida autrement,
Ramaiah contracta la tuberculose osseuse.
L'on fit venir les meilleurs médecins
britanniques pour qu'ils le soignent; mais la tuberculose
osseuse était et est encore une maladie incurable.
La seule solution était d'empêcher que la maladie
se développe au-delà des jambes en immobilisant
son corps dans une structure en plâtre, des pieds jusqu'au
cou. De cette manière la progression de la maladie
devait s'arrêter. Ramaiah allait rester dans cette situation,
suspendu au baldaquin de son lit, pendant six années.
Sa famille le laissa seul avec sa jeune épouse et quelques
domestiques dans une maison du bord de la mer, au numéro
2 de la rue Arulananda Mudali (maintenant rue Arulandam),
à San Thome, Mylapore, Madras.
Alors que de telles conditions eurent probablement
porté n'importe qui au désespoir, Ramaiah possédait
une force qui allait lui permettre de surmonter cette difficile
épreuve. Sa mère lui avait transmis son amour
pour la spiritualité; au lieu de considérer
sa situation comme une condamnation, il compris qu'il pouvait
en tirer profit en explorant les dimensions intérieures
de son âme. Lecteur insatiable, Ramaiah étudia
les classiques de la littérature spirituelle indienne.
Il fut particulièrement touché par les poèmes
de Ramalinga Swamigal et les écrits de Sri Aurobindo.
Depuis trois générations sa famille était
au service de Ramana Maharashi dont il aimait la méthode
de Vichara Atman. Incapable de se déplacer ou de pratiquer
quelques activités que ce soit, il commença
à méditer régulièrement et à
chaque fois qu'un important saddhu ou un guru passaient dans
la région il lui envoyait son chauffeur avec une invitation;
intrigué par la sincérité de ce jeune
homme immobilisé dans un corps de plâtre, ils
venaient lui rendre visite et l'initier à l'art de
la méditation et de la respiration. Incapable d'explorer
le monde extérieur, il dirigea son attention vers le
monde intérieur, n'ayant aucune autre distraction il
progressa rapidement. Un des sâdhu qui eut le plus d'influence
sur son développement était un homme d'âge
mûr, Prasananda Guru. C'était un tapasawi célèbre,
un ascète qui pouvait demeurer immobile, en médiation
ou en transe, pendant des semaines. Comme il avait le pouvoir
de provoquer la pluie, il était parfois appelé
dans les régions frappées par la sécheresse.
Ainsi, en 1948, à Chettinad, mit-il fin à une
sécheresse qui durait depuis trois ans après
avoir pratiqué 48 heures de méditation intensive,
tapas, au temple de Brahmanoor Kali, à un kilomètre
du village. A la fin d'une mandala de 48 heures, une pluie
torrentielle s'abattit sur le village. Depuis lors, la sécheresse
n'a jamais plus frappé la région.
Omkara Swami fut également un des
premiers gurus de Ramaiah. Ancien employé des postes,
il avait acquis une certaine célébrité
en tant que tapaswi, il pouvait passer 48 ou même 96
jours en samadhi, sans jamais bouger. Ces gurus partagèrent
avec Ramaiah leur profonde connaissance des pratiques yogiques.
En 1952, Ramaiah écrivit et publia une biographie de
Omkara Swami, intitulée "Le Saint Beni."
Leur amitié dura jusqu'à la mort de Omkara,
dans les années soixante.
Le 10 mars 1952, le jour ou Yogananda atteignit
mahasamadhi aux États-unis, Mauna Swami, un sâdhu
excentrique, disciple de Shridi Sai Baba, vint rendre visite
à Ramaiah dans sa maison de San Thome. Après
avoir donné une démonstration de ses pouvoirs
de clairvoyance, c'est avec conviction qu'il prédit
que Ramaiah serait guérit sous peu. Mais avant que
la prédiction s'avère, Ramaiah succomba au désespoir
et décida, une nuit, de mettre fin à ses jours
en retenant sa respiration. Alors qu'il était déjà
en train de retenir sa respiration, il entendit une voix lui
dire: "Ne prends pas ta vie ! Donne-la-moi." Surpris,
il pris une grande inspiration se demandant qui cela pouvait-il
bien être. Il compris qu'il devait s'agir du mystérieux
personnage qui lui apparaissait en méditation depuis
que Mauna lui avait rendu visite. A la première apparition,
il eut une vision de Shridi Sai Baba portant son foulard orange
noué autour de la tête. Impatient, il demanda
à Shirdi Sai Baba: "Seriez-vous mon guru ?"
La réponse fut: "Non, mais je vais te révéler
qui est ton guru." C'est alors qu'il vit son guru pour
la première fois, Babaji lui apparut.
Le lendemain matin, lorsque Ramaiah se réveilla,
il était guéri. Le médecin britannique
fut appelé et l'on retira le plâtre. A la surprise
générale, l'examen du médecin révéla
que la redoutable maladie avait disparu. Après quelques
jours, Ramaiah avait retrouvé l'usage de ses jambes.
Il commença à chanter le nom de "Babaji",
doucement, puis le mantra "Om Babaji," et enfin
le "panchakra" mantra composé des cinq mots
"Om Kriya Babaji Nama Aum."
Quelques jours avaient passé, quand
dans un journal, il trouva la publicité d'un livre
sur le saint Satguru Rama Devi, intitule "9 Boag Road,"
comme l'adresse de sa résidence à Madras. L'auteur,
V.T. Neelakantan, était un journaliste de renom. Ramaiah
lui envoya une carte lui demandant une copie du livre; la
carte commençait par: "Cher Atman." Le journaliste
pensa que le mandataire devait être un sac à
argent, un riche désuvré, toutefois, poussé
par la curiosité, il décida de lui rendre visite
à San Thome.
C'est ainsi que commença une amitié
et une collaboration qui dura près de quinze ans. V.T.
Neelakantan recevait fréquemment la visite nocturne
du même personnage mystérieux, Babaji, dans la
pièce ou il effectuait ses pujas à Egmore, Madras.
Peu après, Babaji révéla à Neelakantan
qu'il allait travailler avec Ramaiah à la création
d'une communauté de yogis portant son nom, le "Kriya
Babaji Sangham," il allait également écrire
et publier ses enseignements dans plusieurs livres. Pendant
les deux années qui suivirent, Babaji allait dicter
durant ses visites nocturnes, trois livres à celui
qu'il appelait "mon fils." Ces livres sont: "La
Voix de Babaji et le Mysticisme Révélé;"
"La Solution de toutes les Maladies;" "La Mort
de la Mort."
V.T. Neelakantan, alors âgé
de 52 ans, avait pendant plusieurs années été
le correspondant, au Japon et à Londres, de l'un des
principaux journaux indiens, l'Indian Express. Il était
devenu l'un des confidents du Pandit Nehru, le président
du Parti du Congrès qui allait par la suite devenir
le Premier ministre de l'Inde indépendante, en 1947.
Avant la guerre, il avait, pendant plus de quinze ans, travaillé
avec Annie Besant, présidente de la Société
Théosophique et successeur de Madame Blavatsky, qui
l'avait initié aux pratiques occultes. Marié,
il avait quatre fils et une fille. A la fin des années
quarante, il quitta sa famille et partit dans l'Himalaya,
où il vécut comme un renonçant pendant
deux ans; pendant cette période, il étudia avec
plusieurs saints dont Swami Sivananda.
Le 10 octobre 1952 le Kriya Babaji Sangham
était officiellement crée. Des conférences,
des méditations et d'autres activités publiques
se tenaient dans la résidence de Ramaiah à San
Thome. Ramaiah en était le président et V.T.N.
l'Acharya. L'acquisition de matériel d'imprimerie rendit
possible la publication du Magazine du Kriya Yoga plusieurs
fois par année. Malgré la santé fragile
de V.T.N., d'autres livres furent écrits; Ramaiah écrivait
les introductions et V.T.N. les textes que Babaji lui dictait.
Babaji commença à orienter la sadhana de V.T.N.,
Ramaiah et Solachi en leur donnant des indications précises,
sur les méditations et les mantras en particulier.
Babaji commença à apparaître
également à Ramaiah et, en 1954, il lui enjoignit
de se rendre à Badrinath dans l'Himalaya. Babaji lui
demanda de sortir du temple du village, à 3500 mètres
d'altitude et de ne rien emmener d'autre que son pagne. Ramaiah,
alors agé de 31 ans, se mit en marche vers le nord
de la vallée au travers de laquelle coule la rivière
Alakanantha, une des principales sources du Gange.
Un jour il rencontra deux sâdhus assis
sur une pierre, l'un d'eux lui souriait, l'autre lui lança
un regard désapprobateur et se mit à l'insulter
violemment. "Comment un Indien du Sud à la peau
noire ose-t-il se promener par ici, sans autre vêtement
qu'un pagne? Où le raillai-t-il. Ramaiah poursuivit
son chemin sous les sifflements du sâdhu puis il s'assit
sur une pierre pour méditer. Plusieurs heures s'étaient
écoulées lorsqu'il entendit quelqu'un approcher
l'exhortant à descendre au village pour se restaurer,
Ramaiah lui répondit qu'il ne serait pas descendu et
qu'il voulait rester seul. Longtemps après, alors qu'il
faisait déjà nuit, le sâdhu qui lui avait
sourit vint le voir et plaça de la nourriture dans
sa bouche. "Jaï Babaji," pensa Ramaiah, "Même
avec ce froid, dans ces lieux désoles et sans arbres,
Babaji prend la peine de me nourrir."
Après trois jours d'errance, Babaji
se révéla physiquement à Ramaiah et commença
son initiation dans la science sacrée du Kriya Yoga.
C'est dans sa propre grotte, à côté du
lac glacial de Santopanth Tal, à 30 kilomètres
au nord de Badrinath que Ramaiah appris, durant les mois qui
suivirent, le système complet des 144 Kriyas ou techniques,
comprenant les respirations, les postures, les méditations
et les mantras. Il eut également le plaisir de connaître
les principaux disciples de Babaji, Annai Nagalakshimi Deviyar,
appelée aussi Mataji, et Dadaji, connu également
sous le nom de sa précédente incarnation: Swami
Pranavanandar et d'autres proches disciples de l'éminent
Satguru. Entre autres choses Babaji lui enseigna une technique
de respiration grâce à laquelle il est possible
de supporter les températures les plus froides.
À son retour à Madras, après
avoir passé plusieurs mois dans l'Himalaya, Ramaiah
s'engagea dans un très rigoureux tapas, une période
de pratique intense, durant lequel il adorait la Mère
Divine sous la forme de Kali dans son aspect le plus terrifiant.
L`adoration de Kali est considérée comme étant
très efficace lorsque l'on veut se purifier de ses
propres désires ou dépasser des limitations
telles que la peur et la colère. Elle personnifie le
détachement des attachements de l`égo, symbolisés
par les têtes qu'elle décapite. Dans les Yoga
Sutras, Patanjali présente le détachement, vairagya,
comme la principale méthode du Raja Yoga classique.
Lorsque l'on reste assis dans une pièce pendant plusieurs
jours consécutifs, la nature humaine se rebelle et
il semble que seul l'abandon complet au Divin, sous la forme
de la Mère Nature, Kali, pouvait lui permettre de surmonter
les résistances de son ego. Tap signifie "réchauffer"
et tapas veut dire "renforcer par le feu" ou bien
"défi volontaire;" c'est le nom original
du Yoga. Le tapas commence par l'expression d'un vu,
ne pas quitter un lieu, ne pas manger, ne pas parler pendant
une période déterminé, comme une mandala
de 48 jours par exemple. Les quarante jours que Jésus
passa dans le dessert étaient une forme de tapas. Après
avoir achevé son tapas, Ramaiah avait expérimente
une nouvelle naissance; il avait fait l'expérience
d'états méditatifs profonds' ou Samadhi, et
il serait à partir de ce moment connu sous le nom de
Yogi Ramaiah. Babaji lui avait donné plusieurs
missions précises: Étudier la physiothérapie
et la thérapie yogique afin qu'il puisse aider ceux
qui, comme lui, étaient handicapés; de commencer
à enseigner le Kriya Yoga en Inde et à l'étranger;
et de chercher et rassembler les écrits de ses propres
gurus: Boganathar et Agastyar.
Yogi Ramaiah et Solachi déménagèrent
à Bombay où il s'inscrit à la plus importante
université de médecine de la ville, la G.S.
Medical College and Hospital. Il se mit également à
étudier les propriétés curatives des
postures qu'il prescrivait ensuite comme traitement à
ses patients. En 1961, vers la fin de ses études, il
demanda à ses professeurs la permission conduire une
clinique expérimentale. Il leur dit qu'il pensait pouvoir
soigner plus de vingt problèmes fonctionnels, dont
le diabète, l'hypertension, l'appendicite et l'infertilité,
en utilisant uniquement le yoga, et le tout en moins de trois
mois. La permission fut accordée et les patients sélectionnés
par les médecins traitants. Pendant trois mois il travailla
chaque jour avec ces patients les guidant et les encourageant
dans leur pratique du yoga, pratique à laquelle il
ajouta un régime et des traitements solaires. Trois
mois passèrent et à la surprise des médecins
tous les patients étaient guéris. Cette expérience
lui valu un diplôme honorifique. Préférant
ne pas perdre plus de temps en attendant que les formalités
académiques soient terminées, il rentra à
Madras où il fonda une clinique privée gratuite
pour les pauvres, à San Thome; la clinique se spécialisa
dans les handicaps et comprenait également un centre
de réhabilitation orthopédique à Adyar,
Madras. Cette clinique gratuite resta ouverte pendant dix
années; le centre de réhabilitation orthopédique
existe encore et se trouve sur Mount Road, au nord du Pont
Adyar. En 1985, l'auteur visita avec yogi Ramaiah le G.S.
Medical College où il fit la démonstration des
18 postures pendant que Yogi Ramaiah tenait une conférence
devant plus de 500 membres du personnel dans l'amphithéâtre.
Certains, parmi les plus anciens, se rappelaient encore du
succès de l'expérience menée par Yogi
Ramaiah.
A partir de 1956, Yogi Ramaiah et Solachi
commencèrent à voyager à l'étranger,
se rendant au Ceylan, en Malaisie et au Vietnam; Ramaiah tenait
des conférences, des classes où il enseignait
les postures, des initiations au Kriya Yoga et soignait les
handicapés. Un dévot de Ramaiah qui est ingénieur
et habite au 51 rue Arasady à Jaffna, Sri Lanka, raconta
à l'auteur qu'il avait souvent vu Yogi Ramaiah en rêve
avant qu'il ne le rencontre personnellement.
En 1958, le Sri Lanka fut frappé
par les premières émeutes inter ethniques entre
Tamil et Singhalais au moment où Yogi Ramaiah organisait
son troisième "Parlement des Religions,"
une conférence cuménique à laquelle
participaient les représentants locaux de plusieurs
groupes religieux. L'un d'eux n'était autre que Swami
Satchidananda, représentant la Société
de la Vie Divine fondée par Swami Sivananda. Tamil
originaire de Coimbatore, il fut profondément marque
par Yogi Ramaiah et son investissement dans l'cuménisme.
Ainsi, commença une longue amitié entre les
deux hommes. Lorsque Swami Satchidananda partit pour l'Amérique
en 1967, il passa par l'Ashram de Yogi Ramaiah à San
Thome pour recevoir sa bénédiction. Yogi Ramaiah
l'accompagna à l'Aéroport et lui donna un traitement
royal. Après que Yogi Ramaiah eu lui-même immigré
aux États-unis, l'un et l'autre se rendaient fréquemment
aux cérémonies qu'ils célébraient,
comme lors de la remise des diplômes du cours de langue
Tamil tenu par Yogi Ramaiah à l'ashram sur la 7ième
rue Est à N.Y. ou encore lors du Parlement des Religions
du Monde et du Yoga à l'Université de Rutgers
en 1969.
En 1958, au Sri Lanka, le Premier ministre
se déplaça en personne pour venir remercier
Yogi Ramaiah et les autres intervenants, leur discours visant
à stimuler la compréhension inter religions
avaient aidé, dit-il, à mettre un terme aux
émeutes.
Au début des années soixante,
Yogi Ramaiah et Solachi rencontrèrent un grand intérêt
pour le Kriya Yoga. La famille de Solachi lui avait donné
comme dot de mariage une vaste plantation de caoutchouc. A
la fin du XIXème siècle, l'arrière-grand-père
de Yogi Ramaiah avait été sauvé par un
mystérieux yogi qui fut par la suite identifie comme
étant Babaji. Le beau-père de Yogi Ramaiah,
Dr Alagappa Chettiar, avait crée une université
à Pallatur, à huit kilomètres de Kanadukathan,
dans laquelle Yogi Ramaiah enseignait le Yoga. Il aimait beaucoup
Yogi Ramaiah. Toutefois, après qu'il fut décédé,
les familles du jeune couple commencèrent à
condamner leur vie itinérante, leur intérêt
pour le Yoga, et le fait qu'il n'ait pas d'enfant. Il était
inusuel que des personnes de leur âge s'engagent aussi
sérieusement dans le Yoga, à moins qu'ils renoncent
à tous biens matériels comme le font les sannyasins.
C'est ce que les familles craignaient. Cette situation provoqua
des disputes à la suite desquelles Solachi tomba gravement
malade. Pendant sa convalescence, en 1962, elle retourna chez
sa mère à Kanadukathan. Par cupidité,
celle-ci obligea sa fille à transférer toutes
ses propriétés à son nom, elle lui vola
ses bijoux et refusa que Yogi Ramaiah lui rende visite. A
la mort de Solachi, la belle mère de Yogi Ramaiah couronna
le tout en corrompant un juge malaisien afin qu'il lui donne
tous les titres de propriété des biens que sa
fille possédaient en Malaisie.
C'est vers la même époque que
Yogi Ramaiah décida d'interrompre ses rapports avec
sa propre famille. Sa mère était décédée,
et son père, profondément matérialiste,
s'opposait ouvertement à ses activités. Après
que des appréciations blessantes eurent été
lancées, Yogi Ramaiah décida qu'il était
temps de rompre définitivement avec sa famille. Selon
l'usage, les biens familiaux étaient partagés
à la mort d'un des parents, mais plutôt que d'attendre
que sa part lui fut attribuée, il négocia un
accord qui lui garantit suffisamment d'argent pour pouvoir
acquérir une vaste maison à Kanadukathan, au
13 de la rue AR. Pendant plusieurs années, la maison
servit de pension aux étudiants de l'université
locale; durant les années soixante-dix, Yogi Ramaiah
les renvoyas et y construisit plusieurs sanctuaires: Un sanctuaire
dédié à Babaji; un à Mataji; un
autre à Dadaji; un dernier à la femme Siddha,
Avvai, dans lequel il déposa les feuilles de palmes
contenant les manuscrits des Siddhas qu'il avait, durant ses
voyages dans le Tamil Nadu, récupéré
auprès de collectionneurs prives ou de musées.
Au-dessus de la porte d'entrée, l'on construisit une
magnifique tour gopuram ornée des images des 18 Siddhas.
Bien qu'il pratiqua le Yoga, ces événements
familiaux avaient blessé Yogi Ramaiah qui, comme nous
le verrons, déploiera par la suite des efforts considérables
dans le but de se voir réhabilité auprès
de sa famille.
En 1968, Yogi Ramaiah écrivit et
publia un livre sur les 18 postures du Yoga incluant de nombreuses
illustrations photographiques, et un autre ouvrage dont le
titre était "Chants des 18 Siddhas." Il s'agissait
d'une sélection de textes tirés des manuscrits
sur feuilles de palme qu'il avait rassemblé. Yogi Ramaiah
disait que Babaji lui avait confié la tâche de
faire publier ces écrits. Son ami, le poète
Tamil, yogi de renom et disciple de Sri Aurobindo, Yogi Shuddhananda,
écrivit une très belle introduction. Plus tard,
Yogi Ramaiah fit transcrire les écrits de Boganathar
qu'il publia en Tamil dans une édition moderne composée
de plusieurs volumes dont le premier vit le jour en 1979.
Pendant toutes ces années, il avait
également poursuivi la publication du magazine du Kriya
Yoga avec l'aide de V.T. Neelakantan. Leur collaboration prit
fin avec la fin de leur amitié, en 1967. Les raisons
de cette rupture sont inconnues à l'auteur, Yogi Ramaiah
refusait de parler de V.T.N., même lorsque l'auteur
le lui demanda en 1972. Toutefois, en 2003, l'auteur put obtenir
des informations sur les dernières années de
la vie de V.T.N., par l'intermédiaire de son fils.
V.T.N. était resté dévoué à
Babaji et à sa pratique des mantras, en particulier,
jusqu`à sa mort en 1983, à Madras. Son épouse,
décédée en 1992, menait une vie retirée
et simple. Les deux hommes ne se réconcilièrent
jamais.
En 1967, Yogi Ramaiah se rendit en Malaisie,
puis en Australie pour y donner des séminaires d'initiations
au Kriya Yoga. A plusieurs heures de voitures de Sydney, sur
la propriété de l'une des étudiantes,
Filinea Andlinger, se trouvait une vaste grotte. D'après
Ramaiah, Babaji lui aurait dit avoir pratiquer le tapas dans
ce lieu.
C'est au début de l'année
1968 que Yogi Ramaiah émigra aux États-unis.
Il espérait pouvoir travailler comme physiothérapeute
en arrivant à New York, malheureusement ses diplômes
n'étaient pas reconnus aux États-unis. Il décida
donc d'obtenir des diplômes américains au plus
tôt en suivant une formation de prothésiste orthopédiste.
Pendant cette formation, il vécut dans des conditions
difficiles habitant dans un immeuble abandonné de la
5ème rue Est à Manhattan et travaillant à
mi-temps dans une librairie. Il commença à donner
des conférences et des cours de yoga qui attiraient
la jeunesse locale. C'était l'époque du "Summer
of Love" a New York, et du "Haight Asbury"
à San Francisco. La jeunesse américaine était
à la recherche de nouvelles expériences; les
substances psychédéliques et le Yoga faisaient
de plus en plus partie de la conscience de cette nouvelle
génération. Yogi Ramaiah encouragea ses jeunes
étudiants barbus à abandonner les drogues, à
pratiquer le yoga et à trouver un travail. Une petite
communauté de disciples se constitua autour de lui
et plusieurs appartements furent loués pour les loger
et pour mener les activités du "Sangam Américain
du Yoga de Babaji" à peine formé. Son premier
président, Dolph Schiffren réussit à
obtenir une "carte verte" de résident permanent
pour Yogi Ramaiah en tant que membre fondateur de cette nouvelle
association à but non lucratif. Ils firent également
leur première acquisition en Amérique; il s'agissait
d'une propriété boisée de quinze hectares,
achetée pour 3000 dollars aux enchères, et sans
même l'avoir visité. Comme elle se trouvait à
plusieurs heures de route de New York elle allait être
utilisée pour y organiser les camps d'été.
Ce tout premier groupe d'élèves était
composé de Dolph Schriffen, sa femme Barbara, Mary
Chiarmante et son conjoint Richard, Loyd et Teri Ruza. Plus
tard s'y ajoutèrent Leslie Stella, Andrea Auden, Ronald
et Anne Stevenson, Donna Alu, Michael Bruce, Michael Weiss,
Cher Manne, l'auteur, David Mann, frère du célèbre
producteur hollywoodien Michael Mann, et Mark Denner.
Durant l'été 1970, avant de
déménager en Californie, Yogi Ramaiah se rendit
à Madras avec Dolph et Barbara, ils devaient y tenir
des classes de yoga et développer le centre. En septembre
1970, Yogi Ramaiah déménagea en Californie,
à Downey. Il emménagea avec l'auteur et quatre
autres élèves dans un petit appartement du boulevard
Longworth, avant d'aller habiter une maison modeste de la
rue Chester à Norwalk avec les mêmes personnes.
Il s'inscrivit au cours de prothésiste orthopédiste
de l'université voisine de Cerritos et commença
à rapporter à la maison bras et jambes artificiels
sur lesquels il s'exerçait. Il commença également
à donner des conférences et des cours de yoga.
Charles Berner, qui voulait organiser la
première "Kumba Mehla" d'Amérique
du Nord, invita Yogi Ramaiah et d'autres yogis de renom tels
que Yogi Bhajan, Swami Satchidananda et Swami Vishnudevanda,
à une réunion au cours de laquelle ils pourraient
discuter de l'organisation de ce projet. Charles Berner voulait
affréter six jumbos jets pour faire venir quelques
2000 sâdhus dans une ferme de l'Oregon. Plusieurs rencontres,
auxquelles l'auteur assista, eurent lieu, mais le projet s'écroula
sous le poids de sa grandiloquence.
Toutefois, Yogi Bhajan invita Yogi Ramaiah
à lui rendre visite dans sa maison, près de
Sunset Boulevard à Hollywood. L'auteur l'accompagna.
Ce fut une rencontre mémorable. Yogi Bhajan, le maître
Sikh, mesurait plus d'un mettre quatre-vingt et devait peser
au moins 125 kg, était vêtu comme un prince et
portait un turban blanc, assis à côté
de lui, Yogi Ramaiah était minuscule et ne portait,
comme son idole le Mahatma Gandhi, qu'un simple dhotî
noué autour de la taille et une serviette qui lui couvrait
les épaules. Durant près d'une demi-heure, ils
ne prononcèrent aucun mot. Ils restèrent assis
en silence pendant que l'auteur se demandait ce qui se passait.
Ils changèrent ensuite quelques plaisanteries et la
rencontre prit fin. Quinze jours après, lors d'une
réunion de dévots Sikhs, Yogi Bhajan annonça
à l'assemblée qu'il avait rencontre un grand
saint, Yogi Ramaiah. L'auteur compris alors que leur échange
s'était déroulé au niveau le plus profond
possible. Quand je lui demandai qui pouvait me conseiller
sur la Kundalini, il recommanda Yogi Bhajan. C'est ainsi que
commença une longue amitié. En décembre
1970, Yogi Bhajan fut l'un des principaux intervenants du
"Parlement des Religions du Monde et du Yoga" organise
à UCLA. L'auteur eut le plaisir d'inviter la plupart
des participants. De même, lorsque nous déménageâmes
dans notre nouvel Ashram, Yogi Bhajan assista à la
cérémonie de dédicace. Plaisantant sur
le nombre de poils gris de la barbe de Yogi Ramaiah, il lui
raconta qu'il rentrait à peine d'un voyage à
Amristar, au Punjab, où il avait emmené son
premier groupe de disciples Sikh américains qui lui
avaient fait apparaître de nombreux cheveux gris. En
tant que disciples, vous êtes comme des meules autour
de nos cous, nous dit-il, avant de nous exhorter à
rester fidèles à notre voie.
En 1971, sur un période de plusieurs
mois, Yogi Ramaiah initia douze de ses étudiants qui
vivaient dans les centres crées en Californie, à
New York, Washington D.C., Baltimore et au New Jersey, aux
144 Kriyas. Avant de pouvoir participer à cette initiation,
ils avaient dû pratiquer les techniques de Kriya Yoga
précédemment apprises lors des premières
et deuxièmes initiations, 5 à 6 heures par jours
au minimum, et pendant 52 semaines. Ils devaient également
démontrer qu'ils avaient un travail, observer un jour
de jeune et de silence hebdomadaire et se soumettre à
d'autres disciplines encore. Yogi Ramaiah savait comment stimuler
l'inspiration et nous motiver afin que nous excellions dans
notre sadhana yogique. L'auteur, comme la plupart des étudiants,
adorait ces pratiques. "Une vie simple et des pensées
élevées" était un des slogans de
Yogi Ramaiah. Nous nous sentions sanctifiés par tout
ce qu'il faisait pour nous. Il organisa également un
pèlerinage au Mont Shasta, au Nord de la Californie,
des retraites et des conférences durant lesquelles
il parlait avec inspiration du "Siddhantam du Yoga Tamil,"
les enseignements des 18 Siddhas du Yoga.
Au cours de sa vie, Yogiyar (Yogi Ramaiah)
a souvent eu la sensation d'avoir été trahi
pas les membres de sa famille et certains de ses étudiants.
De nature inflexible, il était autoritaire et contrôlant.
Il savait, et n'aimait pas que l'on critique sa connaissance
ni la façon dont il faisait les choses. Il était
fier de pouvoir "écrasé l'égo"
de ses étudiants, comme s'il s'agissait de la technique
la plus efficace pour leur libération. Nous apprécions
l'habileté avec laquelle il mettait en lumière
nos "cotés obscures." A la différence
de certains gurus qui traitent toujours leurs étudiants
avec grand respect et amour, Yogiyar, comme nous l'appelions
affectueusement, préférait éviter la
confusion qu'une telle attitude entraîne. Il ne nous
aimait pas pour ce que nous étions en tant que personne,
pleine de complexes, mais pour ce que nous étions vraiment.
En balayant l'attachement personnel et les particularismes,
il nous aidait à réaliser la vérité
et la profondeur de notre Soi. Étant ses étudiants,
nous acceptions cette attitude qui impliquait de douloureuses
remontrances comme des sessions de karma yoga, des heures
et des heures de travaux manuels ou de tâches ménagères.
Il reconnaissait rarement nos talents, du moins pas directement,
et ne déléguait que les travaux les plus simples.
Pour ce qui est de l'organisation, il semblait presque toujours
opter pour le contraire de la solution la plus efficace. Pour
toutes ces raisons ses élèves se réduirent
à un petit groupe d'étudiants dévoués
à la pratique du Kriya Yoga et au travail, lequel incluait
le travail sur soi. Durant les retraites, par exemple, au
lieu de demander qu'un montant fixe soit payé au début
du séminaire par chacun des participants. Il envoyait,
pendant la première ou la deuxième nuit alors
que tous dormaient, ses élèves demander des
contributions diverses, 5 dollars pour le "fonds du chien,"
20 dollars pour le "fonds de construction," 15 dollars
pour le "fonds de la voiture." De telle manière,
à chaque fois que la main se portait au porte-monnaie,
on recevait une leçon de "détachement."
Pour ceux qui ne comprenaient pas qu'il jouait à "chasser
l`égo," pouvaient facilement s'offusquer et partir
rapidement. Ceux qui restèrent, en revanche, avaient
réussi à développer un certain sens de
l'humour.
Pour Yogiyar, les études étaient
fondamentales. Il encourageait tous ses étudiants à
reprendre leurs études afin d'obtenir d'autres diplômes.
Il y avait parmi eux de nombreux marginaux qu'il poussait
à donner leur contribution à la société,
dans le domaine de la santé surtout. Plusieurs d'entre
eux devinrent des orthopédistes ou des prothésistes
qualifiés : Edmund Ayyappa fut pendant plusieurs années
directeur de recherche en orthopédie à l'Hôpital
des Vétérans, à Long Beach, en Californie,
il y développa de nombreuses innovations pour les poumons
artificiels contrôlés électroniquement;
Ronald Stevenson et John Adamansky créent leur propre
clinique orthopédique, l'un en Virginie et l'autre
à Chicago; d'autres devinrent infirmières. L'auteur
possédant un diplôme de l'École des Affaires
Étrangères, Yogi Ramaiah lui demanda en 1973,
après qu'il eut passé un an en Inde, de se rendre
à Washington pour passer les examens du service civil,
il lui conseilla ensuite d'accepter un poste d'économiste
civil au Pentagone ou il travailla pendant quatre années.
Yogiyar lui-même obtint un diplôme de prothésiste
orthopédiste et travailla comme technicien de laboratoire
pendant plusieurs années, créant et ajustant
bras et poumons artificiels. En 1973, c'est en tant que prothésiste
orthopédiste, qu'il commença à visiter
les camps de travailleurs immigrés d'Impérial
Vallée avec, dans une remorque, un laboratoire portable.
Comme le climat chaud du désert ressemblait
au climat de sa région natale, il acquit, à
Impérial Vallée, un lot de 5 hectares avec une
vielle ferme où il passait beaucoup de temps. Il devint
professeur à l'Université d`Impérial
Vallée, à une époque ou le Yoga était
pratiquement inconnu. Il donnait ses cours vêtu de son
dhotî indien et d'une blouse de laboratoire blanche,
enseignant aux étudiants la manière d'améliorer
leur santé et leur bien-être par la pratique
des postures et de la respiration. Toutefois, après
huit ans, l'opposition des chrétiens fondamentalistes
et ses fréquents voyages mirent fin à sa collaboration
avec l`université de Impérial Vallée.
Il obtint ensuite un contrat avec l'Université de l'Arizona,
à une heure et demi de Yuma. L'auteur signa les papiers
hypothécaires pour l'acquisition d'une petite ferme
de 2,5 hectares au sud de la ville.
A partir de cette époque, la carte
de visite de Yogiyar devint le sujet de nombreuses plaisanteries,
elle comportait de plus en plus de diplômes et de fonctions
académiques. Il obtint par la suite un doctorat par
correspondance de l'Université du Pacifique Occidental
et se fit photographier en costume universitaire. Comme il
semblait incapable de se lancer dans des conversations formelles
avec les personnes qu'il rencontrait et qu'il ne se souciait
pas non plus du fait que son apparence était déconcertante
pour ceux qui ne le connaissaient pas, sa carte de visite
était un moyen utile de montrer à qui le rencontrait
pour la première fois qu'il n'était, en définitive,
pas aussi étrange qu'il en avait l'air.
Pendant les trente années durant
lesquelles il vécut aux États-unis, pays dont
il prit nationalité en 1975, il donna des milliers
de conférences et de présentations liées
aux Thérapies Yogiques, que ce soit dans des hôpitaux
ou congrès médicaux. Certains le voyaient comme
une "conscience sociale" qui à travers ses
observations critiques s'efforçait d'élever
le niveau de congrès. Aux congrès des prothésistes
orthopédistes, il tenta d'élever les mentalités
et le professionnalisme des participants; jusque dans les
années soixante-dix, la plupart des laboratoires avaient
des calendriers érotiques aux murs et l'alcool était
le sujet principal des congrès. Il poussa plusieurs
de ses élèves femmes, dont Suzanne Fournier,
à devenir prothésiste orthopédiste. Il
appuyait sur le fait que pour un professionnel de la médecine,
et ce quel que soit son niveau, l'élément le
plus important du traitement n'est ni les médicaments
ni la technologie, mais "d'aimer la personne." Il
s'occupait lui-même des cas les plus difficiles, de
personnes sans bras, sans jambes ou avec de graves déformations,
avec grand amour, comme s'il s'agissait du Maître en
personne, leur donnant toute son attention et la conviction
qu'il pouvait les aider.
Il adorait les animaux et entretenait, aux
centres de Yuma et Impérial Vallée, une ménagerie
de chiens, chats, chèvres et vache. A Richville, dans
l'État de New York, il voulait que l'on garde un énorme
buf charolais qui resta avec nous pendant longtemps.
Malgré la charge de travail supplémentaire,
nous étions conscients qu'il était important
de les traiter avec attention, surtout lorsque nos voisins
ne voyaient en ces animaux qu'une source de nourriture. Les
"vaches sacrées", comme en Inde, n'étaient
pas qu'un souvenir de voyage. Elles appartenaient à
l'aspiration de Yogiyar: Apporter la culture de l'Inde en
Occident. Nos vêtements, nos habitudes alimentaires,
le fait que nous dormions à même le sol, que
nous allions aux toilettes, que nous nous lavions, que nous
n'avions presque pas de meuble, et surtout pas de télévision,
tout cela faisait partie d'une expérience sociale,
si ce n'est d'une mini invasion sociale dans une culture matérialiste.
Il n'avait pas l'intention de devenir comme ses voisins, et
ceux qui voulaient vivre dans l'un de ses centres devaient
s'adapter à ses choix culturels.
Cette façon de vivre avait également
une raison des plus pratiques: Si nous devions aller vivre
en Inde pour y pratiquer et y travailler, nous étions
prêts et il nous était possible d'y rester des
années sans problème. A cette époque,
le confort moderne occidental n'était pas encore arrivé
en Inde, et il était par conséquent très
difficile pour un Occidental d'y vivre. Il se concentra sur
la préparation de quelques personnes qui allaient pouvoir
s'unir à son énergie, pratiquer la sadhana et
l'aider à accomplir la tache que Babaji lui avait confie.
Il disait qu'il était en train de semer des "graines"
qu'il allait peut-être mettre des siècles avant
de produire leurs fruits; elles germeraient dans la conscience
collective et la culture occidentale durant les prochaines
décennies. Quand l'auteur lui demanda à quoi
ressemblerait l'Amérique au milieu du XXIème
siècle, il répondit qu'elle se serait "élevée
au niveau spirituel de l'Inde." Souvent, ses actions
ne tenaient pas compte des résultats à court
terme mais des effets qu'elles produiraient, au cours du temps,
sur l'ensemble de la planète. Même si ses motivations
semblaient parfois énigmatiques, elles se fondaient
en fait sur les principes ancestraux de la culture illogique.
A la différence de la plupart des
enseignants, Yogiyar finançait ses activités
de manière non commerciale. Pendant près de
trente ans, pour assister aux séminaires d'initiation,
qui duraient plusieurs jours, seulement faire une donation
de 16 dollars suffisait. Toutes les dépenses, ordinaires
et extraordinaires, étaient couvertes par la douzaine
ou les deux douzaines d'étudiants résidents
dans les six centres qu'il avait créé en Amérique
du Nord. Il était très difficile de devenir
résident, et après avoir démontré
que l'on était capable de vivre avec discipline et
dédié à la vie spirituelle, il vous en
demandait encore plus. Avec leurs modestes salaires, certains
avaient même deux travails, ils devaient financer ses
voyages, sa voiture, son téléphone et ses factures,
comme ses extraordinaires projets éditoriaux. Au lieu
de demander aux participants ou aux nouveaux étudiants
de payer leur formation, ce sont les résidents qui
soutenaient sa mission et les formations. Ils pratiquaient
le Karma Yoga, le service. Yogiyar enseignait que donner avec
le cur et se détacher des biens matériels
était une bénédiction. La fonction des
centres était d'offrir aux résidents un environnement
dans lequel ils pouvaient pratiquer le Kriya Yoga huit heures
par jour, après avoir travaillé pendant huit
heures, prendre soin de leur besoin physique et pratiquer
le Karma Yoga les huit heures restantes. Un tel programme
rendait les résidents extrêmement dynamiques
et leur permettait de se concentrer sur le Yoga sans se distraire.
Une fois par semaine, une journée porte ouverte avait
lieu durant laquelle des classes gratuites de postures étaient
offertes. Cette expérience était l'antithèse
du phénomène des studios de yoga qui devint
la norme partout ailleurs. Il voulait que ses étudiants
intègrent le yoga dans leur quotidien, sans en faire
une marchandise ni un moyen de gagner leur vie.
Un des instruments que Yogiyar utilisait
pour "aider" ses étudiants était ce
qu'il appelait le "chasse ego." Il était
passé maître dans la mise en scène de
situations qui allaient mettre ses étudiants face à
face avec les réactions de leur ego: colère,
ressentiment, jalousie, doute, manque de confiance, fierté,
ou tout autre limitation humaine imaginable. Il obligeait,
par exemple, deux résidents à vivre ensemble
dans un centre. L'un d'eux avait un QI de 85, l'autre un QI
de 150. Il donnait la direction du centre à l'idiot,
et lorsque les choses tournaient mal, blâmait l'autre.
Il évitait également de louanger ses étudiants.
On pouvait l'entendre parfois dire "mais pourquoi n'es-tu
pas aussi bien qu'un tel ou un tel," mais la raison de
telles paroles se trouvait dans l'effet qu'elles auraient
produite sur celui qui recevait le blâme.
Il poussait ceux qui manquaient de confiance
à reprendre leurs études universitaires, et
abaissait les prétentions des plus orgueilleux. Il
transperçait l'égo sans aucune pitié.
Cette attitude qui comporte le risque d'être excessive,
est très controversée et ne peut être
adoptée que par un enseignant pleinement intègre.
Elle apporte une réelle purification si l'on est prêt
à "lâcher prise" sur les réactions
qui se présentent. Elle libère des samskaras,
les tendances habituelles, et mène à la réalisation
du Soi. Toutefois, et cela est digne d'intérêt,
aucun des textes anciens du Yoga des Siddhas comme les Sutras
de Patanjali ou le Tirumandiram n'en parle. Vénérer
le guru afin de découvrir le guru intérieur
fait partie de la tradition Tantrique. Cependant si cela se
réduit à la soumission d'un égo à
un autre égo il ne s'agit alors que d'un simple abus
de pouvoir; cette méthode révèle sa valeur
quand elle s'inscrit dans le "jeu de la conscience"
dans lequel les relations servent à réaliser
le Soi, le Témoin qui s'oppose à l'Objet et
à tout ce qui a forme. Le "guru" est un principe
de la Nature qui conduit de l'obscurité de l'ignorance
à la lumière de la conscience. Il peut se manifester
à travers des événements, des situations
ou des personnes; quand il est particulièrement manifesté
en un individu, alors on peut dire que cette personne est
un guru. Toutefois, il ne faut pas commettre l'erreur de confondre
la personne avec le principe. La personne est un véhicule,
et parfois ce véhicule à des défauts.
Les étudiants ne doivent abandonner leur pouvoir à
personne, mais respecter le principe du guru qui uvre
à travers quiconque leur apporte la sagesse. C'est
pourquoi Yogiyar disait souvent "Je ne suis pas un guru,"
bien qu'il accepta d'être honorer en tant que tel.
En dépit de ses excentricités,
Yogiyar était plein de charme et nous l'aimions tendrement.
Il pouvait passer des heures au téléphone à
écouter un de ses élèves lui raconter
ses problèmes. Bien souvent, il ne dormait que trois
heures par nuit, refusant de manger quoique ce soit avant
que le "travail du Maître soit accompli,"
vers trois heures du matin en général. Nous
lui servions d'assistant à tour de rôle, on arrivait
plein d'énergie et prêts pour deux semaines de
karma yoga à la fin desquelles nous étions épuisés.
Son niveau d'énergie était tout simplement incroyable.
Quand la pression du travail, du karma yoga et de la chasse
à l'égo devenait trop forte certains s'en allaient;
peut-être cherchaient-ils une voie plus facile. Nous
étions de moins en moins nombreux et Yogiyar, comme
nous l'appelions affectueusement, posa des conditions encore
plus strictes pour ceux qui voulaient joindre l'un des douze
centres qu'il avait crées aux États-unis. A
mesure que notre nombre diminuait, le maintient des centres
devenaient de plus en plus pesant pour ceux qui restaient.
C'était une personne extraordinaire.
Un jour, lors d'un pèlerinage, nous nous arrêtâmes
pour la nuit au Pic Pike au Colorado. Yogiyar nous dit qu'il
allait méditer, seul, dans la forêt, et que nul
ne devait le suivre. Ne pouvant résister à sa
curiosité, l'auteur le suivit. Caché derrière
un arbre, il vit Yogiyar s'asseoir en méditation, croiser
les bras, lever les yeux
et disparaître dans une
sphère de lumière semblable au soleil! L'auteur
se pinça plusieurs fois et se frotta même les
yeux pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. Après
une demi-heure, la sphère de lumière s'éteint
peu à peu et Yogiyar était de retour. Il se
leva, et comme il reprenait le chemin du camp débusqua
l'auteur et le sermonna pour sa désobéissance.
Lorsque, plus tard, l'auteur lui demanda ce qu'il avait fait,
Yogiyar lui répondit qu'il avait "planté
des graines" en différents lieux où il
l'espérait, allaient peut-être naître des
centres spirituels importants un jour à venir.
Yogiyar manifesta ses "siddhis"
ou pouvoirs yogiques miraculeux, en plusieurs autres occasions,
au travers des rapports que nous avions avec lui. Il était
capable de savoir exactement ce que nous pensions, d'apparaître
dans nos rêves et de nous dire avec précision
ce que nous avions fait lorsque nous avions pris quelques
jours de congé. Mais il ne fit jamais étalage
de ses pouvoirs. Il ne nous permettait pas de rester avec
lui plus de quelques semaines, nous envoyant à travers
les États-Unis ou à l'étranger pour pratiquer,
travailler et devenir fort. C'est ainsi que l'auteur eut l'occasion
d'exercer différents travails et de créer ou
de développer des centres en Angleterre, en Australie,
en Malaisie, en Inde, au Sri Lanka et dans différentes
villes des États-unis et du Canada.
Au Parlement des Religions qui eut lieu
en 1958 au Sri Lanka, il montra qu'il était possible
d'arrêter le pouls dans un bras et de redoubler son
rythme dans l'autre, pendant cette expérience il continua
la conférence qu'il avait commencée. Deux médecins
qui tenaient ses bras confirmèrent la vérité
de ce qu'il avançait. En 1967, dans un laboratoire
australien, il fit la démonstration de l'état
sans souffle du samadhi. Avant d'entrer dans un état
de transe profond, il demanda aux médecins qu'ils n'essaient
surtout pas de le réanimer, mais ils ne tinrent pas
compte de sa requête lorsque le cur, le pouls
et la respiration de Yogiyar eurent complètement disparus.
L'un d'eux lui injecta une substance pour stimuler son cur,
le retour à la vie fut si rapide qu'il faillit en mourir.
Babaji lui dit ensuite d'éviter de participer à
de telles expériences.
Mais son plus grand "siddhi" était
peut-être sa dévotion et son amour pour Babaji;
c'était palpable. Lorsqu'il donnait une conférence
c'était comme si le grand Maître lui-même
s'exprimait au travers de Yogiyar. Il chantait avec dévotion
"Om Kriya Babaji Nama Aum" tout au long de la journée.
Il consultait souvent Babaji ou mentionnait en passant de
quelle manière Babaji lui avait révélé
telle ou telle chose. Babaji était le centre de sa
vie et il fit en sorte qu'il soit le centre de nos vies. Il
travaillait d'arrache pied, au service de quiconque venait
à lui; son cur et son mental étaient focalisés
sur le service pour les cours, les activités de groupe,
lors d'entrevues individuelles, de conférences, ou
pour l'organisation des centres et des ashrams ou nous pratiquions
le Kriya Yoga en paix.
A travers son exemple, nous pouvions observer
comment Babaji lui avait transmit son enseignement. Il disait
souvent que "Babaji ne le nourrissait pas à la
petite cuillère" mais lui conseillait de découvrir
par lui-même la solution aux problèmes qu'il
rencontrait. Yogiyar avait donc ses propres limitations, mais
comme il étudiait avec Babaji depuis longtemps il y
avait en lui beaucoup à émuler. Il fallait un
certain sens de l'humour pour réussir à accepter
ses habitudes et ses remontrances. Même si nous ne comprenions
pas toujours son attitude à notre égard, nous
savions qu'il nous aimait. Parfois il ne pouvait feindre la
sévérité, et laissait entrevoir un sourire
alors qu'il réprimandait quelqu'un. Il agissait ainsi
en vue de l'effet qu'il allait produire; ses scènes
dramatiques laissèrent des traces sur nous. Lorsqu'il
donnait des instructions par téléphone, il répétait
plusieurs fois les mêmes phrases afin d'imprimer dans
notre subconscient la leçon qu'il voulait nous enseigner.
Chaque année, de 1954 à ce
jour, Yogiyar organisait, sous la direction de Babaji, un
Parlement des Religions du Monde et du Yoga. Pendant les trois
à quatre jours que duraient ces conférences
gratuites, quinze à vingt intervenants de différentes
religions partageaient leur foi et leurs pratiques éduquant
ainsi le public. On y trouvait des Chrétiens fondamentalistes,
des moines bouddhistes, des rabbins, des Amérindiens,
des yogis et des swamis, des prêtres catholiques et
même des maîtres spirituels nouvel âge.
Le sujet était "l'unité dans la diversité,"
merveilleux antidote à cette si commune maladie spirituelle
qu'est le fanatisme religieux. Avoir poursuivit cette uvre
si longtemps et avec autant d'efficacité est remarquable.
Yogi Ramaiah possédait une habitude
caractéristique de ses ancêtres Chettiar: La
construction de sanctuaires. Il y avait le sanctuaire de Kanadukathan,
précédemment décrit; il construisit également
un sanctuaire dédié à Babaji dans l'ashram
de San Thome en 1968; un petit sanctuaire yantra à
Bear Mountain à New York, en 1968; un sanctuaire yantra
souterrain sur le Mont Shasta, en 1970; un sanctuaire à
Swami Ayyappa à Imperial Valley en Californie, en 1972,
un assez grand sanctuaire en granite sur le lieu de naissance
de Babaji à Porto Novo au Tamil Nadu, en 1974; un vaste
sanctuaire dédié à Muruga à Richeville
au Nord de New York, en 1975; un autre sanctuaire dédié
à Babaji à Washington, D.C., en 1977; et un
sanctuaire dédié à Kali, la Mère
Divine, à Long Island, New York, en 1983. Ce dernier
sera ensuite transféré à Grahams ville
dans les Catskills toujours dans l'État de New York.
En 1987, il construisit également un magnifique sanctuaire
dédié à Palaniandavar (Muruga) au sommet
d'une colline sur le campus de l'Université de Athanoor
au Tamil Nadu. En 1983, il construisit son plus beau sanctuaire
dans l'ashram de Yuma en Arizona; en son sein se trouvaient
les murthis de granite: Les statues des dix-huit siddhas qu'il
avait récupérées à Mahäbalipuram,
au sud de Madras, quelques douze années plutôt.
C'était son projet de construction le plus ambitieux,
comme il se trouvait dans une zone sismique, il le fit édifié
sur de profondes fondations pour lesquelles fut utilisé
une qualité de ciment réservé généralement
à la construction de barrages. Pendant les quarante
jours que dura la construction il ne put fermer l'il
tant il était inquiet; il ne devait y avoir aucun défaut.
Une grande cérémonie fut organisée à
la fin de la construction et les journaux de tout l'État
de l'Arizona firent de longs reportages accompagnés
de nombreuses photographies de ce temple à l'aspect
si exotique. Deux semaines après, il fut frappé
par une attaque cardiaque. Le poids du travail avait finalement
eut raison de sa santé. Transporté au Sinaï
Hospital à West Los Angeles, il subit cinq interventions
chirurgicales et reçu cinq pontages. Le chirurgien
nous dit que les artères n'étaient pas bloquées
mais qu'elles étaient en très mauvaises états.
Pendant sa convalescence Yogiyar commença
à introduire des changements dans son mode de vie comme
dans son organisation. Il annonça la création
d'un conseil d'administration et celui-ci se chargera de l'administration
des différents centres et ashrams après sa mort.
Une nuit il s'isola avec l'auteur et lui dicta, à la
lumière d'une lampe de chevet, une série de
conditions qu'il était nécessaire de remplir
afin de pouvoir initier des étudiants aux 144 Kriyas.
Il n'avait jamais jusqu'alors, ni jamais ne demandera par
la suite à quiconque d'assumer une telle responsabilité.
L'auteur mit trois ans à remplir ces conditions qui
comprenaient une dure sadhana et d'autres pratiques. Lorsque
Yogiyar confirma que l'auteur avait bien rempli toutes les
conditions, il lui demanda simplement "d`attendre."
En 1980 et 1981, Yogiyar envoya l'auteur
en Inde, puis au Sri Lanka. Après avoir mener à
bien certains travaux liés à la publication
des écrits de Boganathar, il lui conseilla d'aller
en retraite sur la plage de Dehiwala au sud de Colombo. Comme
il n'y avait pas grand-chose à faire, l'auteur fit
la promesse de consacrer tout son temps à la sadhana,
dans le silence. Le mental n'ayant pas l'habitude de se distraire
par la lecture ou le travail, les trois premiers mois furent
difficiles, mais par la suite le jour et la nuit ne firent
plus qu'un et une paix ineffable imprégna peu à
peu sa conscience. Yogi Ramaiah arriva onze mois plus tard.
L'auteur ne voulait pas interrompre son tapas mais Yogiyar
insista pour qu'il rentra aux États-unis ou le travail
l'attendait. Ce fut une agréable surprise de constater
qu'il lui était aisé de retrouver l'état
de paix atteint durant ces mois de retraite. Il a toujours
éprouvé une grande gratitude pour ce don. Avant
de partir, il dédia un petit sanctuaire à Babaji
qui avait été construit, à Katirgama,
là où Babaji, alors disciple de Boganathar,
avait atteint nirvikalpa samadhi. Il dédia également
un nouvel ashram construit sur le bord de mer, au 59 allée
Peter a Dehiwala, grâce à l'aide de Murugesu
Candaswamy et de l'ex-président de la Cour Suprême
de Justice, Dr. H.W. Tambiah, président du Sangam du
Yoga de Babaji du Lanka.
En 1985, l'auteur accompagna Yogiyar en
République Populaire de Chine pour un tour des équipements
médicaux durant deux semaines. Leur apparence était
des plus étranges pour les Chinois qui à l'époque
portaient encore tous leur sombre costume "maoïste."
Nos hôtes étaient si peu prépares à
servir des repas végétariens que nous ne mangeâmes
que du riz et du brocoli pendant deux semaines, trois fois
par jour! La même année, Yogiyar et quelques
autres éminentes personnalités furent invités
à une conférence sur la méditation à
l'Institut Indien des Sciences Médicales, Yogiyar devait
parler du Yoga. A côté de Yogiyar se trouvaient
Sa Sainteté le Dalai Lama; un jeune maître spirituel
du nom de Sri Ravi Shankar; un moine Jain de grande renommée;
le Ministre des Affaires Intérieures et futur Premier
Ministre, Niramsinha Rao. Durant son intervention, le Dalai
Lama s'arrêtait après chaque phrase pour demander
à son assistant et traducteur si ce qu'il venait de
dire en Anglais était juste. La scène était
touchante. Le jeune Sri Ravi Shankar, après avoir parlé
pendant quinze des vingt minutes dont il disposait, annonça
qu'il cédait respectueusement le temps qu'il lui restait
à Yogi Ramaiah. Yogiyar parla longuement et avec éloquence
du Siddhantham du Yoga, de Babaji, et de la nécessite
d'intégrer notre vie spirituelle dans tous les aspects
de notre quotidien à travers la méditation.
Naramsinha Rao surpris l'auteur lorsqu'il lui dit: "Si
je pratique la méditation chaque jour, c'est parce
que cela me permet de prendre de plus en plus de responsabilités."
A la fin de l'année 1985, l'auteur
organisa un voyage de 48 jours, entre février et avril,
durant lequel 30 étudiants américains allaient
accompagner Yogiyar à la Maha Kumba Mehla de Hardwar.
Nous logions dans les Bungalows Touristiques près du
Ganges et passions chaque jour en la compagnie des milliers
de sâdhus et de dévots qui participaient à
l'événement; le nombre de participants atteignit
des chiffres record, ce fut la plus grande Kumba Mehla depuis
soixante ans. Une fois la manifestation achevée, nous
nous rendîmes à Badrinath ou nous eûmes
la joie de pratiquer la sadhana dans les lieux sacrés
associés à Babaji.
En 1986, Yogi Ramaiah vendit les centres
de New York et de la Nouvelle-Orléans, et avec l'argent
de la vente acheta 75 hectares de terre à 5 kilomètres
du village de Kanadukathan, avec l'aide de deux étudiants:
Meenakshisundaran des États-unis et Murugesu Candaswami
du Sri lanka. Après avoir pour chacun des huit édifices
qu'il envisageait de construire et qui devaient devenir un
Hôpital Universitaire de Réhabilitation par le
Yoga, il laissa l'auteur administrer la construction; il devait
s'assurer que le travail des entreprises contractées
correspond bien aux exigences du projet. C'était une
tâche peu engageante. Lors de précédentes
visites en Inde, il avait constaté que le rationnement
des matériaux et la bureaucratie rendaient les projets
de constructions problématiques, comme ce fut le cas
pour la reconstruction de l'ashram de San Thome ou de l'ashram
de Kanadukathan. Le terrain était désertique
et broussailleux, éloigné des centres d'habitations
et les premiers points d'eau se trouvaient à plus d'un
kilomètre. Pour le ciment, cinquante femmes furent
engagées pour transporter l'eau dans des bassines qu'elles
portaient sur leur tête. Au grand étonnement
de l'auteur, neuf édifices furent construits en neuf
mois. Le Ministre de l'Industrie du Tamil Nadu vint inaugurer
le complexe. En rentrant au Canada quelques mois plus tard,
l'auteur fit une demande d'aide à l'Agence Canadienne
pour le Développement International pour ce nouveau
centre de réhabilitation en Inde. Le gouvernement canadien
envoya un agent sur place et celui-ci fit un compte-rendu
dans lequel il disait que les équipements étaient
sublimes, il y avait même des ambulances, mais il n'y
avait pas d'administration. Malheureusement notre demande
d'aide fut rejetée. L'auteur commença à
se demander si la réticence de Yogiyar à déléguer
et son désir de tout contrôler n'allaient pas
devenir encore une fois son plus grand obstacle. Avant même
que le complexe ne fut construit, il avait, avec d'autres,
conseillé à Yogiyar de ne pas construire en
un lieu si isolé; nous pensions que ce projet ne pouvait
remplir ses fonctions que si il était construit dans
un région peuplée. Yogiyar était intransigeant,
le complexe devait être construit près de Kanadukathan,
et il précisa qu'il devait prouver quelque chose à
sa famille. Le schéma du karma familial n'était
pas rompu. Quelques années plus tard, Yogiyar fut en
effet accepté par sa famille; ils l'invitèrent
à leurs réceptions et lui accordèrent
une chambre à Ananda Villas, c'était la chambre
ou il était né.
Jusqu'à ce jour, Yogi Ramaiah offre
encore des séances de physiothérapies gratuites
aux pauvres de sa région, et des formations de brèves
durées aux étudiants locaux et étrangers
en Physiothérapie et Thérapie par le Yoga. Son
ashram de Kanadukathan est son centre de recherche, et, pendant
les dix dernières années, il a publié
l'ensemble des écrits de Siddha Agastyar, en quatre
volumes et dans l'original Tamil. Il est clair qu'il est resté
fidèle à ce qui, dans sa vie, était le
plus important: L'uvre des Siddhas, le traitement des
handicapés, ses ashrams et ses sanctuaires en Inde
et aux États-unis, son amour pour Babaji et pour l'enseignement
et la pratique de son Siddhantham du Kriya Yoga. Alors qu'il
serait aisé de lui jeter la pierre pour sa possessivité,
son besoin excessif de contrôle, son incapacité
à déléguer des tâches, ses excentricités,
et la "chasse à l'égo" qu'il réservait
à ses étudiants les plus proches, ces différents
aspects étaient aussi source de force et lui permirent
de mener à bien une mission à travers laquelle
il servit des milliers de personnes pendant plus de cinquante
ans. Est-il fondamental de savoir si l'exemple de Yogi Ramaiah
fut utile à ses étudiants? Les rapprocha-t-il
de Babaji? De la Réalisation du Soi? De leurs aspirations
les plus profondes? Ne bloquait-il pas la croissance de ces
étudiants en refusant de leur déléguer
de plus amples responsabilités? S'il fut une source
d'inspiration pour beaucoup à un moment de leur parcours,
la plupart s'éloignèrent après quelques
années, pour différentes raisons. Cependant,
je crois qu'il réussit à nous convaincre de
l'existence de Babaji, de la possibilité d'entretenir
un rapport personnel avec lui, et de la valeur du Yoga. L'exemple
de Yogiyar est source d'exemple pour chacun de ces aspects. Il est hors de portée de cette biographie de présenter
ce que ses étudiants ont fait de ce qu'il leur avait
transmit. Peut-être serait-il possible, toutefois, d'adjoindre
les souvenirs personnels de quelques uns d'entre eux.
Certains peuvent se demander pourquoi Babaji
aurait déversé tant de grâce sur ses proches
disciples V.T. Neelakantan et Yogi Ramaiah, pour ensuite permettre
que leur relation s'interrompe après quinze années,
et que le dernier poursuive comme il l'a fait. De tels lecteurs
ignorent que Babaji laisse ceux qui lui sont proches apprendre
leurs propres leçons et travailler au travers de leurs
tendances karmiques. Les disciples de Babaji ne sont pas des
robots dont les samskaras sont éliminés et à
qui l'illumination est donnée par le Satguru.
Les autobiographies romantiques et les biographies
qu'écrivent les dévots évitent, en général,
de présenter l'humanité de peur de ternir l'image
de leur maître tant aimé. De tels récits
créent plus de mal que de bien. Il donne l'idée,
fausse et romantique, que le chemin spirituel est jonché
de miracles, que le guru nous donnera l'illumination, et que
la nature humaine ne résiste pas à notre aspiration
au divin. C'est pourquoi l'auteur a écrit ce texte avec la ferme
intention de ne pas embellir la réalité et de
traiter l'humanité, le mystère et la problématique
tout en évitant de porter un jugement personnel sur
la biographie de Yogi Ramaiah. Ces dernières années,
certains le critique et doute de lui, mais ils ne le connaissaient
même pas personnellement, ni sa vie, ni ses conflits.
J'espère que ce récit les portera à s'arrêter
et à réfléchir sur leur propre nature
humaine, avant de "jeter la pierre" à d'autres.
Que sa vie, son exemple, et son intégrité nous
servent de leçon.
Tous droits réservés: M. Govindan Satchidananda,
janvier 2005
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